
Malgré un calendrier bousculé jusqu'au bout par une météo capricieuse, Michael Dunlop a survolé le Classic TT 2026 en empochant trois victoires. John McGuinness a signé un succès plein d'émotion, trente ans après ses grands débuts sur l'Ile de Man. MNC salue enfin les deux ''frenchies'' : Julien Crégniot et Timothée Monot ! Bilans.
Deux mois après un Tourist Trophy 2026 sévèrement raboté par la pluie (la finale Superbike, la prestigieuse "Senior TT" n'avait été jugée qu'au bout d'un simple tour, Dean Harrison héritant du trophée), la météo n'a pas fait de cadeau non plus à cette édition du Classic TT.
Face à des prévisions annonçant de fortes pluies et du vent en fin de semaine, la direction de course a dû revoir tout son calendrier : la Junior historique a été avancée au samedi, Formula One et Lightweight/Ultra-Lightweight regroupées le dimanche, Historic Senior et Junior 600 programmées le lundi, et la Senior - dernière course du meeting - courue dès le mardi matin.
Un vrai casse-tête logistique, mais un pari réussi puisque les six courses ont pu se dérouler sous un ciel finalement plutôt clément, après une semaine d'essais qui vait déjà contraint les Gentils Organisateurs à improviser et profiter savamment de la moindre éclaircie.

Mercredi dernier, quelques ondées du côté de Greeba n'avaient pas empêché Shaun Anderson de signer le meilleur temps en Formula One (122.8 mph de moyenne), tandis que Michael Russell impressionnait déjà en Junior 600. Jeudi, les conditions s'étaient améliorées, permettant à Nathan Harrison de repasser devant en Formula One (124,7 mph), Michael Dunlop prenant ses marques en Lightweight (116.5 mph).
Vendredi, enfin, la meilleure séance de la semaine avait vu Mike Browne claquer le chrono le plus rapide toutes catégories confondues, avec un tour à 127.551 mph en Formula One, soit à moins d'un demi-seconde du record de la catégorie !
En ouverture d'un programme bien chargé et condensé, la course "Historic Junior" fait revivre l'époque bénie - ou maudite, de l'avis d'Hervé Poncharal par exemple ! - où le TT comptait pour le championnat du monde, dans les années 60 et au début des années 70.

On y croise essentiellement des 350cc : d'incontournables Norton et AJS anglaises aux prises avec les MV Agusta, Ducati et Aermacchi transalpines... même si aujourd'hui c'est la Honda qui domine largement les débats, en disponibilité comme en performance.
Sur deux tours seulement à cause du changement de programme, la course a tout de même viré à l'hécatombe : Dean Harrison puis Mike Browne (auteur d'un nouveau record du tour à 105.3 mph) ont chacun mené avant de tomber en panne, laissant filer Paul Jordan vers un deuxième succès consécutif, devant Dominic Herbertson et John McGuinness, déjà sur le podium avant sa grande journée du lendemain. Mais chut...
Dotée d'un record du tour dépassant les 127 mph avant ce week-end, la Formula One Classic TT est sans doute la plus spectaculaire des courses historiques. On y retrouve les motos d'avant 1997 : Suzuki GSX-R750 SRAD, Yamaha YZF750, Kawasaki ZX7RR, Honda RC45 ou encore l'iconique Ducati 916, aux côtés des inoxydables Suzuki XR69 et RG500.

Michael Dunlop a marqué les esprits en dépassant Mike Browne au deuxième tour puis en s'envolant vers un cinquième succès dans la catégorie, pulvérisant au passage le record du tour de Bruce Anstey (127.5 mph pour mémoire) avec une ultime boucle autour de la Snaefell Mountain à 129.1 mph de moyenne, soit près de 208 de nos kilomètres par heure à travers bourgades et champs, sur une meule de 40 piges !

Vainqueur avec plus de 20 secondes d'avance sur Jamie Coward et une flopée de Ninja, le King of the Mountain (33 succès au "vrai" TT) confiait avoir dû lever le pied rendre la main en fin de course : "j'ai le potentiel d'un 130 mph si j'arrive à régler ce problème", glissait-il en admettant avoir dû gérer un souci d'essence dans la dernière section montagneuse. À toc, normalement !
Dimanche, c'était au tour des increvables 250cc deux-temps de Grand Prix de s'élancer sur l'Ile de Man, pour la course Lightweight, aux côtés des Supersport 400cc du début des années 90 (Kawasaki ZXR400, Yamaha FZR400, Honda NC30/RVF400) inscrite en Ultra-Lightweight. Cette dernière remémore les exploits de Robert et Joey Dunlop (papa et tonton de Michael) avec en prime, le retour des 125cc deux-temps sur le mythique tracé.

Sur sa Honda 250 personnelle, Michael "MD" Dunlop a signé un second succès (un an après son tout premier ), avec plus de trois minutes d'avance sur Michael "MS" Sweeney ! Moins largué, Mike "MB" Brown a hélas du abandonner. Cette victoire était particulièrement forte en émotions pour MD puisque l'écurie Padgetts, qui prépare sa monture, était jadis celle de son père Robert.

Parallèlement, Joe Loughlin s'imposait en Ultra-Lightweight avec un tour référence à 113.5 mph, le plus rapide jamais réalisé en 400cc sur la Snaefell Mountain Course. L'Irlandais devançait Owen Monaghan au terme d'un mano a mano permanent : "Le dernier tour, il a fallu attaquer, attaquer encore, je suis vraiment content", résumait Loughlin, savourant sa toute première grande victoire.
Catégorie très appréciée des courses historiques, la Historic Senior réunit la plus grande variété de mécaniques du plateau : 500cc mono, bi, tri ou quadri cylindres, deux ou quatre temps... et même un moteur rotatif ! Les exotiques italiennes (Paton, MV Agusta) y sont redoutables mais doivent ravitailler, quand les increvables mono anglaises (Norton, AJS, Royal Enfield, Matchless) filent sans s'arrêter jusqu'à l'arrivée.

Trente ans après ses grands débuts sur l'Ile de Man, John McGuinness a signé un succès chargé d'émotion sur sa fidèle Paton du Winfield Team, avec près de 27 secondes d'avance sur Shaun Anderson et Mike Browne. "J'aimerais avoir 24 ans, pas 54 !", plaisantait le missile de Morecambe avant de monter tout en haut du podium, une première depuis 2019. Mais pas la dernière ?!
Grande nouveauté 2026, la Junior 600 est réservée aux Supersport "pré-injection" des années 90, autrement dit alimentés par de bons vieux carburateurs. Honda CBR600F, Yamaha YZF-R6 première génération, sans oublier les Kawasaki ZX-6R et Suzuki GSX-R600 qui avaient aussi connu leurs heures de gloire. Cette catégorie parle forcément aux "nouveaux vieux" du paddock !

Pour son inauguration, la course a livré toutes ses promesses : Rob Hodson s'est imposé sur sa Yamaha R6, avec un premier record dans la catégorie instauré en 120.3 mph. Il devançait de 24 secondes Barry Furber qui a dû composer sur la fin avec un déficit d'essence, et le Manxois Joe Yeardsley, agrippé à la troisième place pour quatre dixièmes !

"C'était cool, j'ai adoré", résumait sobrement le vainqueur de cette toute première épreuve (vainqueur aussi du ManxGP 2015 en Supertwin), soulignant au passage avoir couru avec un moteur emprunté... à Furber lui-même ! La solidarité motarde chez les "Road Racers" n'est clairement pas galvaudée !
Dernière épreuve du programme et second rendez-vous pour les Formula One, la Senior Classic TT a offert à Michael Dunlop un troisième succès cette semaine. Le membre du tem Suzuki Classic devançait de 12 et 45 secondes les coéquipiers du team Greenal Racing (Kawasaki), Jamie Coward et Nathan Harrison.

Le hat-trick du "Racing Bull" n'a pas été si évident que cela puisque le Nord-Irlandais a dû composer avec une petite fuite consécutive au démontage de son moteur après une contestation ayant suivi sa victoire en Formula One : "j'étais nerveux pendant un tour ou deux", confiait Michael, l'invincible ?.
Impossible pour Moto-Net.Com de conclure ce bilan sans saluer nos représentants tricolores. Habitué de la Snaefell Mountain Course depuis 2012, le Brestois Timothée Monot s'alignait cette année en Junior 600 sur une Kawasaki ZX-6R engagée par l'écurie Morbihan-Moto.
Cette édition s'est révélée compliquée pour le pilote-mécano et sa moto de 1995 achetée 330 euros (trois cents euros). Crédité du 7ème temps des qualifications, il a été contraint à l'abandon du côté de Ballahutchin alors qu'il évoluait dans le wagon du Top 10.

Classée neuvième à 10 secondes du Top 5 à la fin du premier tour, la Ninja n°9 a malheureusement rendu l'âme sa boite de vitesses dans le second tour. "C'est dommage, je pointais 6ème avant d'avoir des faux point mort et ne plus pouvoir effectuer des changements de vitesse", signale TimoThée à ses "amis" et "suiveurs".
"On gardera un tour départ arrêté en 19' 33 avec une modeste Kawasaki 600cc carbu de 1995 et 100ch, en pneus Continental d'occasion, des carbus et un moteur fuyard", positive Mister Monot qui considère cette participation comme "un pari et une grosse séance d'essai en vu du prochain Tourist Trophy 2027" !

"Pour l'occasion j'étais accompagné de mon père et mon fils : team 100% Monot", souligne cet inconditionnel de l'Ile de Man : "le père a l'intendance, le fils à la découverte du paddock et la langue anglaise, et moi, pilote et mécano... les journées et nuit étaient bien occupés", résume-t-il !
Meilleure pioche pour Julien Cregniot en 2026, engagé lui aussi en Junior 600 sur sa propre Yamaha R6, chaussée en Mitas. Mais si, cette marque tchèque lancée il y a un siècle par Michelin, appartenant aujourd'hui au japonais Yokohama, et dont les gommes sont développées avec le champion du monde Supersport 2019 Randy Krummenacher.

"Je roulais bien sûr toujours en pneus rainurés Mitas, les Sport Force + RS que j'utilise depuis mes débuts au ManxGP 2023 puis 2024, TT 2025 et Classic TT 2026", confirme le breton (aussi) qui s'était rendu sur l'Ile de Man avec deux exemplaires de R6 des années 2000.
"L'idée c'était d'avoir une moto avec un moteur préparé et un bon châssis et la "T bike" en rab si problème mécanique", confie Julien à MNC. Longtemps aux avant-postes du Top 10 pendant la course Junior 600, notre compatriote a fini par décrocher une "marvelous" 8ème place.
"Avec un chrono en 19' 28 face à de gros pilotes devant Rob Hodson, Michael Russel, Joe Yeardsley et autres, je me qualifie donc pour la Senior Classic qui regroupe les 20 meilleurs 600, 750 Formula 1 et 250 2 temps Lightweight. Sur cette finale de 4 tours, je termine 17ème sur 42 départs, avec un chrono de 19' 38", conclue Julien Cregniot. Bravo !
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