
Plusieurs médias européens, dont Le Monde, accusent KTM de pousser ses concessionnaires au débridage systématique de ses motos d'enduro EXC, au mépris des normes environnementales. Explications.
"L'affaire KTM". "Les motos secrètement débridées de KTM". "Un autre dieselgate ?" Les gros titres du quotidien Le Monde ne sont pas passés inaperçus en cette fin mai 2026 chez KTM ! Et pour cause : le constructeur autrichien y est accusé de prendre des libertés avec l'homologation de ses motos d'enduro sur la voie publique.
Cette accusation résulte d'une enquête, nommée "Unrestricted", qui a été menée conjointement pendant six mois par neuf médias européens : Le Monde, El Pais, Der Spiegel, Paper Trail Media, L’Espresso, Desmog, ZDF, ORF et Centre for Climate Reporting. Son point de départ est le signalement d'un lanceur d'alerte, décrit comme un "passionné de moto de compétition", auprès de l'Organisation non gouvernementale (ONG) Climate Whistleblowers.
Il est reproché à KTM de généraliser le débridage de ses motos d'enduro, particulièrement ses 250 et 300 cc 2-temps, en incitant son réseau à installer des pièces et configurations de compétition. Et donc, interdites sur la voie publique. Les enquêteurs se sont rendus dans une "quinzaine de concessions dans six pays d'Europe" pour constater que KTM faciliterait et encouragerait cette pratique.
"Le responsable d’une grande concession française du constructeur KTM livre ce secret, explosif", révèle Le Monde. Ce concessionnaire anonyme affirme que toutes les motos Orange seraient "bridées de base" pour satisfaire les normes, mais qu'elles seraient systématiquement débridées "pour que le moteur fonctionne".
Pour Moto-Net.Com, c'est là où le bât blesse : ces accusations ne relient pas formellement KTM à ces pratiques délictueuses. Le prouver nécessite un document ou des échanges écrits, sur lesquels serait explicitement détaillé ce "contournement". Dans le cas contraire, comment l'attribuer à la marque et non à une demande expresse du client final ?

"Si le débridage a lieu chez les concessionnaires, les éléments de preuve collectés montrent que celui-ci est orchestré et facilité par KTM", affirme néanmoins Le Monde, alors que le dossier impliquerait aussi les enduro équivalents Husqvarna TE et FE et GasGas EC et EC-F. Une affaire dont se serait certainement bien passée KTM, en pleine restructuration après avoir frôlé la banqueroute !
Rappelons que les motos d'enduro reçoivent tout l'équipement nécessaire pour circuler sur route ouverte : éclairage, plaque, clignotants, etc. Cette caractéristique implique qu'elles répondent aux mêmes normes environnementales et sonores que des deux-roues à usage strictement routier. Elles sont également assujetties à l'obligation d'assurance et au contrôle technique (sauf dérogation pour les licenciés).
En compétition, ces règlements ne s'appliquent pas : les motos utilisent des calculateurs optimisés et des systèmes d'échappement plus libres, sans sonde lambda ni catalyseur. Les machines émettent alors plus de décibels et de rejets polluants que ne l'autorisent les normes européennes : leur circulation sur route est de facto interdite.

Problème : certains transgressent cette interdiction et pilotent sur la voie publique des motos sensiblement - voire radicalement - éloignées de leur état d'homologation. Ce phénomène ne touche pas que KTM, par ailleurs : toutes les marques sont concernées. Il suffit de se balader dans certains massifs forestiers le week-end pour le constater… et l'entendre !
Moto-Net.Com a contacté la filiale française pour connaître ses réactions face à cette enquête "Unrestricted", ainsi que ses procédures officielles concernant le débridage. KTM France n'a pour l'instant pas souhaité répondre à nos questions… Restez connectés !
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