
VB Motors, centre de contrôle technique dédié à 100% aux motos, scooters, cyclos et voiturettes a contacté Moto-Net.Com pour partager son expérience. Face aux réticences de nombreux motards, ce spécialiste tempère le débat : chaque jour, il constate des défaillances parfois majeures et ignorées. Interview.
Depuis son instauration le 15 avril 2024 ("poison" d'avriiiil !), le contrôle technique moto suscite une forte opposition chez les motards, car perçu comme une contrainte aussi inutile que coûteuse. Beaucoup le considèrent comme une mesure bureaucratique, sans réel bénéfice pour la sécurité. Et pourtant.
Un ancien mécanicien moto, fort de son expérience en atelier - et en contrôle technique auto, aussi ! - a décidé d’ouvrir VB Motors à Limas (69) : spécialisé dans le contrôle des deux-roues (trois-roues et voiturettes), ce centre mise sur son expertise moto pour rassurer les usagers. Cette approche semble séduire : environ 3000 véhicules ont été contrôlés par ce passionné, ou par son employé.
"Nous souhaitions réagir à certains de vos articles sur le sujet", nous a récemment et spontanément proposé Alexis Véré, patron du centre en question. "Nous comprenons les réticences d'une partie des motards, mais notre expérience de terrain nous amène à avoir une vision plus nuancée", nous appâtait-il très habilement.

"Chaque jour, nous constatons des défaillances parfois importantes sur des motos dont les propriétaires ignoraient l'existence", ajoutait notre interlocuteur, convaincu que "le contrôle technique peut aussi avoir un réel intérêt en matière de prévention et de sécurité".
Si le contrôle technique moto ne "risque" pas de sauver la vies de centaines de motards chaque année sur nos routes, il se pourrait qu'il permette tout de même de détecter des soucis, sources d'inconfort voire de danger. VB Motors apporte un éclairage concret au débat. Leur message : le contrôle n’est pas un mal nécessaire, mais un outil de prévention souvent sous-estimé. Interview.
Moto-Net.Com : Votre centre de contrôle technique est ouvert depuis le printemps 2024 : pourquoi avoir choisi de vous dédier exclusivement à la moto (scooter, trois-roues et voiturettes) ?
Alexis Véré, patron de VB Motors : Je suis un ancien mécanicien moto. J'ai travaillé chez Yamaha et chez Kawasaki pendant une dizaine d'années. Ensuite, j'ai stoppé la moto pour acheter un centre de contrôle technique voiture. Et un an après, le contrôle technique moto était mis en place. Donc cela allait un petit peu de soi que je développe cette activité. Pour moi, c'est une aberration de contrôler des motos dans un centre voiture. Ne serait-ce que pour rassurer les motards, qu'ils confient leur moto à des contrôleurs aptes à les manipuler.

MNC : Comment se compose votre équipe ? Vous êtes seul, plusieurs ?
A. V. : Je suis moi-même contrôleur et j'ai un employé qui ne fait que des contrôles moto, justement pour rassurer tous ces clients inquiets qui se rendent chez nous. On se rend compte qu'il y a un réel engouement de la part motards pour un centre tenu par des motards.
MNC : Seraient-ce des personnes réticentes qui ne se seraient pas rendu dans un centre auto, mais qui le font chez vous qui avez une sorte de votre caution "motard" ?
A. V. : Oui, totalement. Beaucoup de nos clients ne veulent pas aller dans leur centre habituel, leur centre de contrôle auto, car il n'a pas les compétences ni l'outillage. Car oui, aujourd'hui, on peut encore faire des contrôles techniques sans table de levage par exemple. Pour moi, c'est une aberration !

MNC : Votre expérience en tant que mécano attire les motards. Certains viennent de loin ?
A. V. : Certains arrivent d'assez loin, oui. Dans mon centre auto, je dirais que ma clientèle vient de 6 ou 7 kilomètres aux alentours. Le centre moto lui, rayonne jusqu'à 35-40 kilomètres. Dans les témoignages qu'on reçoit sur les réseaux, les gens apprécient notre passion pour la moto, notre expertise... et notre décoration, aussi !
MNC : Vous avez fait des rencontres sympas, vous pensez avoir aidé - sauvé - des clients ?
A. V. : Oui, tout à fait. Vous pouvez le voir sur nos avis Google : il y a des personnes qui nous remercient d'avoir vu certaines défaillances. J'ai en mémoire une personne qui comptait partir en Corse, alors qu'il avait un gros souci dans la direction. Ça a été décelé juste avant son départ. Il était plutôt contre le contrôle technique mais s'est résolu à considérer que pour certains motards, comme lui, cela pouvait se révéler un "mal nécessaire" et utile, salutaire même !
MNC : La FFMC appelle au boycott. Sentez-vous des tensions, subissez-vous des pressions ?
A. V. : J’avais pris l’initiative de les contacter pour échanger mais ils n’ont pas souhaité discuter. Cependant, je ne perçois aucune pression. J’ai même déjà fais pas mal de CT pour des membres de la FFMC, et c’est un moment pour échanger, sans tensions. Cela se passe toujours très cordialement, comme avec tous les anti-CT d'ailleurs. Les motards restent une grande famille.

MNC : Concrètement, combien effectuez-vous de contrôles techniques par semaine ou par mois ?
A. V. : Cela dépend des périodes. Mais au global, on fait environ 1500 contrôles à l'année. Pas encore de quoi atteindre notre seuil de rentabilité. Le souci, c'est ce n'est pas une mesure très populaire pour tout le monde. Pour parler franchement, ça embête tout le monde ! Donc on sait que beaucoup de motards ne l'ont pas encore passé.
MNC : Comment se déroule 2026, et comment se présente l'avenir ?
A. V. : C'est équivalent à 2025. On savait que cette année serait assez creuse. Après, on a tous les retours des trois ans programmés pour 2027. Mais c'est encore un peu trop tôt pour vous dire ce que nous réserve l'avenir. Le problème, c'est qu'on n'a pas vraiment tous les chiffres de l'État pour savoir combien de motos ont passées leur CT, combien devraient le passer, combien ne l'ont pas encore fait.

MNC : Savez-vous si on se dirige vers un durcissement du CT... et des contrôles par les forces de l'ordre ?
A. V. : Alors là, ma réponse sera surtout d'ordre financier, parce que pour faire tourner une petite société comme la notre, on aurait besoin de 15-20% de motos en plus. Mais je ne vous dirai pas non plus que ça me ferait plaisir que les gendarmes contrôlent à tous les coins de rue ! Ce ne serait pas vrai. Il y a l'aspect financier du problème, et puis les cas de conscience que cela peut susciter chez les pros qui cautionnent ou pas le contrôle technique. Pour ma part, je comprends les motards qui s'opposent à la mesure car ils ne se sentent pas concernés, et n'ont pas envie de payer toujours plus. Mais mon expérience professionnelle me pousse à avoir un avis plus nuancé…
MNC : Est-ce surtout pour vendre leur moto que les français se rendent dans votre centre ?
A. V. : C'est le gros du trafic, effectivement. On se trouve dans une zone moto où il y a 4-5 concessionnaires moto. Donc forcément, pour vendre une moto, ils n'ont pas d'autre choix que de passer le contrôle technique. Pareil pour les particuliers. Je n'ai pas calculé précisément, mais je pense que plus de la moitié des contrôles sont réalisé dans le cadre d'une vente. Certains nous le disent carrément : "écoutez, je suis contre le contrôle technique moto, mais je n'ai pas le choix car il me faut le certificat de moins de six mois pour la vendre".

MNC : Arrive-t-il que ces personnes qui considèrent ne pas avoir besoin du CT moto, aient des surprises ?
A. V. : Il arrive effectivement qu'on décèle des défaillances, mineures ou majeures, ça dépend. Sachant que les défaillances majeures, nécessitent une contre-visite. C'est le plus souvent un souci de pneumatiques. Je fais une parenthèse, mais c'est surtout le cas sur les cyclos et les voitures sans permis, qui sont aussi concernées par ce qu'on appelle le contrôle technique "moto". Dans le cas précis des voitures sans permis, la situation est clairement bien plus compliquée que sur les motos. Pour vous donner une idée, il y a peut-être 30 à 40% des voitures sans permis qui sont recalées. En moto, on tourne autour des 10%, oui, une sur dix.
MNC : Quelles sont les défaillances mineures les plus fréquemment rencontrées ?
A. V. : Ce qu'on observe le plus, et c'est je trouve ça d'ailleurs dangereux aussi, c'est les pressions des pneus. C'est impressionnant le nombre de motards, aguerris ou non, qui viennent avec moins d'un kilo dans les pneus. Ça arrive trois ou quatre fois par jour !
MNC : Sur des motos qui roulent ? Pas nécessairement des machines sorties d'un hangar pour s'en débarraser justement ?
A. V. : Il y a de tout ! Il y a de la sortie de grange ou de la sortie d'hiver. Les clients n'ont pas encore eu le temps de checker la moto pour la saison. Il y a aussi ceux pour qui la moto n'est pas un loisir, mais vraiment un engin purement utilitaire pour aller au boulot. Et là, tant que ça roule, ils n'y touchent pas. Des pneus peuvent donc arriver complètement lisses et ou à plat. Quand j'étais mécanicien en concession, les motos que je voyaient passer étaient assez "propres". Pour moi, le parc paraissait beaucoup plus sain que ce qu'il est réellement.

MNC : En tant que contrôleur, vous prenez en charge des motos qui ne vont jamais en atelier, et ne sont pas entretenu par leur proprio !
A. V. : Exactement. Toutes les motos qu'on voyait en concession, par définition, étaient des machines régulièrement entretenues. Les personnes avaient peut-être plus de budget pour les entretenir annuellement. Donc, il n'y avait jamais vraiment de souci. Celle que je vois aujourd'hui et qui sont problématiques, au risque d'être péjoratif, sont celles de mécanos du dimanche qui bricolent leur moto, mais n'ont pas forcément les connaissances, les compétences, les outils pour le faire correctement.
MNC : Y-a-t'il des catégories de motos qui sont entretenues que les autres ?
A. V. : Oui, tout ce qui est custom. Il y a très rarement des soucis sur les Harley ou ce type de motos. La seule chose sur ces machines, concerne la ligne d'échappement. Mais c'est valable pour d'autres genre de motos. On est là sur un point purement réglementaire, c'est un peu bête et méchant car le reste de la moto peut être vraiment nickel, ça ne passera pas. Quand vous avez une ligne "full barouf", ça pose souci.
MNC : Depuis quand devez vous recourir au sonomètre ? Est-ce que cela compromet la validation de nombreux CT ?
A. V. : C'est obligatoire depuis juillet 2025. Mais honnêtement, cela ne pose pas trop de problèmes. On prend en compte les normes du véhicule, à sa sortie d'usine, inscrites sur la carte grise. Si c'est noté 90 décibels à 4500 tours/min, on applique une tolérance de 7 décibels. On a le droit à 97.

MNC : Cela fait une grosse différence, car l'échelle des décibels est exponentielle (enfin logarithmique, bref)...
A. V. : C'est énorme, oui. Mais dans la majorité des cas, avec des échappements homologués et à condition de laisser la chicane, cela se passe bien. C'est assez rare qu'on recale des motos pour le bruit. C'est plus le cas sur les 50cc. Tout ce qui est cyclo, ça peut poser le bruit et la vitesse peuvent poser problème.
MNC : Il reste des cyclos en France ! Intéressant, car le marché du neuf est au plus bas.
A. V. : Oui, il reste un gros marché d'occasion. Pour la simple raison qu'aujourd'hui, vous ne pouvez plus - ou quasiment - acheter de cyclos 2-temps. Or c'est ce qui faisait rêver les adolescents. Maintenant, vous achetez du - temps qui ne peut être bricolé, qui n'accélère pas et restera à 45 km/heure. Donc le marché de l'occasion s'est beaucoup développé.
MNC : Vous vous situez dans une zone plutôt urbaine, pour rappel.
A. V. : Oui, tout à fait on se trouve à 30 kilomètres au nord de Lyon. Et on voit encore des cyclos !

MNC : Revenons à la moto. Est-ce que, parfois, vous voyez des motos qui passent le contrôle, mais mériteraient tout de même une révision plus complète. Est-ce que le CT valide à 100% la sécurité de la machine, sa fiabilité ?
A. V. : Globalement, oui. Dans les faits, on croise souvent des personnes qui ne se rendent pas compte de l'état de leur machine. Quand on accompagne chaque client pour leur montrer les défaillances qu'on a repérées, la plupart du temps, ils sont surpris. Que ce soit un jeu, un roulement de direction abîmé, des pneus fatigués, etc.
MNC : Aux débuts du CT moto, il y a eu tout un rattrapage sur les "anciennes" motos. Plus le temps avance, plus les modèles sont récents… et meilleurs sont leurs états ?
A. V. : Ça n'a pas trop d'incidence car il y a beaucoup de véhicules qui auraient dû passer il y a déjà deux ans, et qui ne sont toujours pas passés. Je pense qu'on est à plus de 50% de machines qui roulent (ou végètent) sans CT.
MNC : Sachant qu'il y a des motos que vous ne verrez jamais parce que les propriétaires comptent la garder jusqu'au bout.
A. V. : Oui, si vous êtes vraiment contre le contrôle technique et que vous ne comptez pas la vendre, bien sûr.
MNC : Est-ce qu'à l'avenir, le contrôle technique risque de se durcir, de s'affiner via les diagnostiques embarqués par exemple ?
A. V. : Les prises diagnostiques des motos ont été normalisées en 2021-2022. Elles ont les mêmes prises OBD que les voitures. Donc ça viendra, je pense. Mais pour l'instant, nous n'avons eu aucun écho sur de futures modifications.
MNC : Merci de nous avoir contactés et d'avoir répondu à toutes nos questions !
A. V. : Merci à vous !
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