
Triumph a immatriculé 10 257 motocycles en France en 2025 (-6,1% Vs 2024). Pour Moto-Net.Com, le directeur de la marque anglaise analyse la baisse du marché français et des tendances majeures, dresse son bilan et celui de ses principaux modèles, annonce les premiers événements 2026... Interview MNC de Jean-Luc Mars.
Moto-Net.Com : Le marché français du motocycle (hors 50cc) est en perte de vitesse en 2025. Quelle est la part du passage à Euro5+ dans ce freinage ?
Jean-Luc Mars, directeur Triumph France: La part du passage à Euro5+ est très, très variable selon les constructeurs, mais on peut estimer la part de baisse liée au changement d’homologation à environ 5%, ce qui signifie que le marché est structurellement en baisse de -10% en 2025.
MNC : Quels autres phénomènes expliquent ce repli des ventes de motos et scooters (125cc et plus) en France ?
J-L M. : Clairement, la situation politique et économique a suscité une prudence en matière de consommation, voire une inquiétude profonde, qui ont pénalisé notre marché. Rien de pire que l’instabilité pour générer un climat de défiance et d’attente. L’épargne des Français bat des records. En période de doute, les ménages préfèrent faire des réserves plutôt que de renouveler leur moto.
MNC : Les motos de petites cylindrées (entre 300 et 500cc) montent en régime. Est-ce une question de goût, de coût, des deux à la fois ?
J-L M. : C’est avant tout une question d’offre ! Les modèles dans cette tranche de cylindrée sont de plus en plus performants et de plus en plus valorisants. Cela, combiné à une pression accrue sur le pouvoir d’achat et une prudence sur les dépenses, explique en grande partie la progression de ce segment.

MNC : Chez les moyennes cylindrées, le retour en force de machines "raisonnablement" sportives est confirmé. Mais la nouvelle catégorie Sportbike ne risque-t-elle pas de faire tomber le segment dans le piège de la quête de performance à outrance ?
J-L M. : Je ne le pense pas... Le marché des hyper-sport ultra-performantes est malheureusement très spécifique et très marginal aujourd’hui. Il est quasi impossible d’exploiter une telle machine sur la route, et les tarifs d’assurance sont prohibitifs pour une clientèle de jeunes passionnés.
MNC : Côté gros cubes, la tendance générale est à la sophistication, aux finitions "Premium", à la hausse de cylindrée… donc à la hausse des tarifs. Le profil de leurs clients change-t-il aussi : moins jeunes, plus aisés, toujours aussi passionnés ?... Ou est-ce justement parce que les clients changent que les motos évoluent dans ce sens ?
J-L M. : Non, les motos ne sont pas plus chères aujourd’hui, contrairement aux idées reçues largement reprises sur les réseaux sociaux et dans la presse : quand je suis "tombé dans la marmite" à la fin des années 70, le SMIC valait 1400 francs... Une jolie 125 japonaise coûtait 5000 francs, une 125 YZ de cross 11000 francs et une 1000 CBX un peu plus de 22000 francs. Aujourd’hui, le SMIC est à 1450 euros net... Le pouvoir d’achat des motards est donc très similaire et toutes les performances et la technologie des machines modernes sont le fruit des gains de productivité de notre industrie. La concurrence est féroce et le client en bénéficie.
Le marché se diversifie énormément, et c’est une bonne nouvelle ! La moto en 2025 séduit toutes les tranches d’âge et toutes les catégories socio-professionnelles. Il y a donc une demande pour des machines premium et sophistiquées, mais il y a aussi une demande croissante pour des moyennes cylindrées efficaces et équilibrées.
MNC : Quel est votre bilan global sur 2025 en France ?
J-L M. : Le bilan est très satisfaisant. Nous terminons l’année avec une baisse maîtrisée de -6% dans un marché qui baisse de -15%. Nous sommes cinquième constructeur sur le marché français et dépassons la barre symbolique des 10000 immatriculations pour la quatrième année consécutive.

MNC : Quels modèles ont particulièrement bien roulé pour vous cette année (en volume et/ou image) ?
J-L M. : La gamme Street Triple continue d’être un pilier et une référence ! Mais la gamme Triumph est désormais bien diversifiée et cohérente, avec des performances commerciales intéressantes de la part des Tiger 900, Trident, et de nos 400cc.
MNC : MNC : Quelles machines ont moins bien tourné et pourquoi ?
J-L M. : On constate une baisse régulière de la gamme classique, qui est moins porteuse aujourd’hui après 14 belles années. Le segment reste intéressant mais l’effet de mode n’est plus aussi puissant.
MNC : MNC : Quels seront vos grands rendez-vous au 1er semestre 2026 ?
J-L M. : L’année démarre très fort avec une belle présence classique et historique à Retromobile, puis nous serons présents pour L’Enduropale du Touquet pour la première fois ! Ensuite bien sûr, le salon de Lyon et le Distinguished Gentleman Ride ainsi que les multiples lancements de nouveautés : Trident 800, Trident 660, Tiger Sport 660, nouvelle gamme classique avec un Scrambler 900 très sympa, Tracker 400, Thruxton 400, Street Triple RX et Moto2 : on ne va pas s’ennuyer !
MNC : MNC : Qu'avez vous commandé au Père Noël cette année ?
J-L M. : Des bottes d’enduro…
.
.
.