
''À moto, ne soyez pas victime de votre passion''. C'est le message que souhaite passer la Sécurité Routière à travers une nouvelle campagne de prévention. Le clip vidéo mise sur l’émotion pour sensibiliser les plus passionnés en mettant en scène un papa motard et son fils qui l'attend en jouant avec une petite moto, forcément. MNC décrypte.
Plutôt que tenter - vainement ? - de frapper fort, la Sécurité routière tente de viser juste avec sa campagne qui mise sur l’émotion et l’identification plutôt que sur la morale ou la peur. En choisissant de donner la parole à un motard passionné, consciencieux (il contrôle techniquement lui-même sa R1300GS Adventure, on l'a reconnue !) et père de famille, les réalisateurs du clip ont au moins évité les pièges du sermon et de la violence.
Le message est clair : la moto est une passion qui ne doit jamais occulter - même brièvement - les responsabilités que l'on porte, essentiellement envers des proches qui comptent sur la présence du motard pour vivre, grandir et partager de bons moments… au guidon d'un deux-roues justement ?!
"Ici, se niche l'essentiel : on est prudent sur la route pour soi mais aussi pour les autres, pour ses proches, pour ceux qu'on aime", justifie habilement la Sécurité Routière. "Un jour, la moto miniature de ce petit garçon sera une vraie moto. Ce jour-là, ce que le fils aura reçu du père, pas seulement l'amour de la route, mais la façon de s'y tenir, fera toute la différence". Pour que la roue tourne, encore longtemps.

Pas de chiffres assénés comme des massues dans ce court-métrage, pas d'images choc de motos accidentées, mais le récit d’un homme qui avoue un indicible paradoxe : son amour de la vitesse et sa peur de ne pas rentrer. Où placer le curseur entre plaisir et prudence ? Et comment aider son prochain à placer le sien ?
"Vivre une passion, c'est d'abord ne pas en être victime. La transmettre, c'est aussi transmettre tout ce qu'elle exige", estime à juste titre la Sécurité Routière. Sans tomber dans la diabolisation du motard-fou-furieux, cette campagne met d'ailleurs l'accent sur le danger qui vient - plus souvent qu'on ne le croit ? - de soi-même : une courbe mal négociée, une accélération trop longue, trop forte... ou de trop. Le clip a le mérite de souligner ce point, sans insister lourdement.

Pour autant et pour Moto-Net.Com, cette campagne pêche par son optimisme un peu naïf : oui, rouler prudemment sauve des vies, la sienne comme celles des autres usagers de la route, voire l'équilibre de sa famille, etc. Mais cela n'est pas suffisant ! Les motards expérimentés savent déjà tout cela.
Le vrai défi serait de passer de la théorie à la pratique, surtout quand l’adrénaline prend le dessus : le film mise sur l'émotion, mais celle-ci ne risque-t-elle pas d'être balayé par toutes celles ressenties au guidon d'une moto fendant l'air, prenant de l'angle, taillant le bitume… l'herbe, le bosquet ou le platane ? Oups.
De même, cette campagne qui met discrètement en scène les dangers de la route en automne (grip précaire, vent, froid, fatigue, jours qui raccourcissent, etc.) n'apporte aucune autre solution concrète que rendre les gaz. Ou comme si prendre - momentanement - conscience du danger suffisait à le conjurer. Ne faudrait-il pas aussi améliorer les infrastructures, ouvrir davantage les circuits, mieux former les motards ?

Enfin, le ciblage est imparfait, omettant un détail crucial : la vitesse n’est pas le seul ennemiet de nombreux accidents impliquent des conducteurs sous l’emprise de l’alcool et/ou de stupéfiants, ou simplement trop fatigués pour conduire. Responsabiliser les motards est primordial, mais sensibiliser les autres usagers (totalement absents de la vidéo) compte aussi, non ?
"Les motards n'ont pas à renoncer à leur passion, mais ils doivent y intégrer un rapport au risque lucide, une prudence absolument primordiale au regard des enseignements de leur accidentalité. Prendre plaisir à la moto n'est pas prendre plaisir à la vitesse sur nos routes", conclue la Sécurité Routière. Message transmis.
Source : ONISR
Alban Teurlai et Thierry Demaizière, réalisateurs
"C'est à partir d'une approche documentaire que nous avons imaginé ce film pour la sécurité routière, convaincus que seul un motard pouvait s'adresser aux motards sans les culpabiliser, ni les désigner. Nous avons choisi de construire le récit autour d'un lien père-fils, pour interroger plus directement la notion de responsabilité : celle d'un homme qui prend la route en sachant qu'il est attendu. La charge émotionnelle nous semblait devoir reposer sur une situation réelle. L'enfant n'est pas un comédien, mais le fils du motard. Ce choix engage le film dans une forme de vérité plus fragile, plus authentique. Comme dans chacun de nos documentaires, nous avons d'abord longuement interviewé Julien sur son rapport à la moto, au plaisir de la vitesse, mais aussi sur ce que cela implique : être motard et père. Ce père qui dit au revoir à ses enfants illustre, selon nous, parfaitement le sens de la responsabilité d'un motard qui doit rentrer sain et sauf chez lui car il est attendu. »
Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté
"Derrière chaque accident impliquant un motard, il y a bien plus qu'un chiffre : il y a une vie bouleversée, des proches confrontés à l'inquiétude, parfois à l'irréparable. Parce qu'ils sont plus exposés que les autres usagers de la route, les motards savent que chaque trajet exige une vigilance de chaque instant. Cette campagne rappelle une réalité essentielle : aucun équipement n'est superflu, aucune règle n'est facultative, aucune imprudence n'est sans conséquence. Faire les bons choix sur la route, c'est se protéger soi-même, et aussi préserver ceux qui nous attendent. La sécurité routière commence par cette responsabilité que nous partageons tous : tout faire pour que chaque trajet se termine par un retour à la maison".
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