
La Fédération française des motards en colère réagit aux accusations de débridage portées contre KTM par un collectif de médias, dont Le Monde. La FFMC condamne le non-respect des normes, mais regrette une enquête à charge qui ne tient pas compte des particularités des motos d'enduro.
KTM est au coeur d'une polémique déclenchée par l'enquête "Unrestricted", un dossier mené conjointement par neuf médias européens dont le quotidien français Le Monde. Ces auteurs affirment - témoignages de professionnels à l'appui - que la marque Orange procéderait au débridage systématique de ses motos d'enduro, particulièrement ses 2-temps.
Les EXC seraient équipées de pièces et configurations de compétition dès leur sortie de concession, et ce quel que soit leur usage final, en violation du respect des normes environnementales et sonores. A ce jour, KTM n'a pas répondu à ces accusations - qui impliquent aussi le réseau -, pas plus par ailleurs qu'à nos questions sur le sujet.
Pour la Fédération française des motards en colère, ces révélations sont à examiner avec le plus grand sérieux. Mais certains faits méritent d'être remis dans leur contexte, rappelle la FFMC avant de pointer du gant une tendance au sensationnalisme en raison des parallèles réalisés dans les articles avec le Diesel Gate, cette triche à grande échelle sur les contrôles pollution développée par certains constructeurs automobiles (Volkswagen en tête).
Si cette affaire met en lumière "les limites du système d’homologation européen", reconnaît l'association, "encore faut-il comprendre de quoi on parle réellement", souligne-t-elle. Pour la FFMC, l'argumentation du Monde et des autres journaux ne prend pas suffisamment en considération les spécificités techniques d'une moto d'enduro.
"Une enduro homologuée n’est pas une moto de route classique", estime la Fédération française des motards en colère. "C’est le point le plus mal expliqué dans les articles du Monde", accuse-t-elle, avant de prendre l'exemple de la 450 EXC-F.
Décrite comme "une machine de compétition", la KTM n’est pas "à l’origine une moto de route destinée à faire des trajets quotidiens pour se rendre au travail", développe la FFMC."Il faut vraiment en vouloir pour utiliser sur des trajets quotidiens sur route une moto vraiment pas conçue pour".

"Une moto conçue pour l’enduro possède une architecture moteur, un poids, et un management du moteur directement hérités du monde de la course. Ensuite seulement, on lui ajoute une homologation route permettant de circuler légalement", précise l'association. Un raisonnement finalement similaire pour les Supersport et Superbike, taillées pour la piste !
Pour la FFMC, ce transfert du milieu de la compétition vers la route se traduit par "des configurations très bridées, au prix d’un comportement moteur dégradé ou éloigné de leur usage initial. Et c’est là qu’intervient le fameux débridage".
"Une fois la moto livrée, la plupart sont en réalité remises dans une configuration plus proche de leur vocation sportive sans s’intéresser à l’usage que va en faire réellement le particulier derrière. Ce n’est pas un "dieselgate" moto", tranche la FFMC.
"Le fait qu’un comportement soit répandu ne le transforme pas magiquement en pratique vertueuse", tempère-t-elle, consciente que ces pratiques évoluent sur le fil de la légalité. "Une moto homologuée qui circule sur route ouverte doit respecter les règles de circulation et les normes correspondantes pour tout un ensemble de raisons, notamment assurantielles".

"Le milieu moto ne peut pas se contenter de hausser les épaules", reconnaît la FFMC. "Les enjeux environnementaux et sanitaires sont désormais centraux dans le débat public. Continuer à faire comme si le bruit ou les émissions n’étaient qu’un détail administratif serait une erreur stratégique et un aveuglement collectif. Encore faut-il poser le débat correctement".
La Fédération française des motards en colère reconnaît que les questions soulevées par cette enquête sont "légitimes", tout en dénonçant un "traitement médiatique spectaculaire, une enquête à charge" pour un segment "ultra spécifique du marché moto : le parc concerné (...) concerne sans doute moins de 2000 véhicules", estime-t-elle.
Ceci posé, quelles solutions préconisent la FFMC ? "Les constructeurs doivent continuer à investir dans le développement de motos plus propres, moins bruyantes et réellement adaptées aux exigences modernes", recommande-t-elle, tout en militant pour que les réglementations soient "cohérentes avec la faisabilité technique, économique, industrielle et sociétale".
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