Au repos forcé au moins jusqu'à mi-octobre suite sa deuxième opération, Marc Marquez doit se résoudre à laisser filer le titre MotoGP sans pouvoir se défendre... Amer, le pilote officiel Honda regrette une mauvaise appréciation du corps médical. Mise au point.
"C'est bizarre d'être chez moi, sans courir, après huit ans sans manquer aucune course : je dois maintenant me montrer patient et respecter mon corps", philosophe Marc Marquez, grand absent du championnat du monde MotoGP 2020 depuis sa grosse chute à Jerez (Espagne)...
L'impétueux catalan s'était remis en selle seulement six jours après son opération de l'épaule droite, motivé par l'espoir de disputer le GP d'Andalousie sur le même circuit. Mais la douleur, trop forte, l'avait contraint à jeter l'éponge : deuxième résultat blanc pour le porteur de la couronne !
Mais cet incroyable scénario ne s'arrête pas là : le n°93 a ensuite endommagé la plaque en titane chargée de réduire sa fracture de l'humérus. A ce sujet, les versions diffèrent : la plaque pourrait avoir cédé face aux trop fortes sollicitations exercées par le n°93, mais son équipe prétend que l'ouverture d'une simple baie vitrée (!) en serait la cause...
Quoi qu'il en soit, le bilan est le même : Marquez est retourné sur le billard début août pour changer la plaque en question, ce qui l'a contraint à tirer un trait sur les Grands Prix de République tchèque, d'Autriche et de Styrie... Soit déjà cinq résultats blancs alors que la saison écourtée à cause du Covid-19 ne compte que 14 courses !
"La première opération s’était pourtant bien déroulée", se justifiait alors le Dr Xavier Mir, chirurgien attitré des stars du MotoGP. "Mais nous ne nous attendions pas à ce que la plaque posée soit insuffisante : le stress exercé à cet endroit a entraîné quelques dommages qui nécessitaient de la remplacer".
Cette explication laisse toutefois un goût amer à Marc Marquez, car selon lui les médecins lui avaient affirmé que la plaque supporterait toutes les contraintes nécessaires pour revenir sur sa MotoGP de 280 chevaux. "Ils nous ont dit que la plaque ne céderait pas, mais ils avaient tort", accuse-t-il.
Le chef de file Honda, qui a suivi une rééducation intensive en pensant que sa blessure ne s'aggraverait pas, admet s'en être remis aveuglément à Mir (le médecin, pas le pilote Suzuki !) : "si vous vous faites opérer de la jambe et que le médecin vous dit que vous pouvez marcher sans béquilles et que vous n'avez pas mal, qu'allez-vous faire ? Vous le faites, bien entendu !"
"Mais la plaque n'a pas tenu, c'était une erreur", déplore l'octuple champion du monde des Grands Prix qui ne tient pourtant pas rancune au chirurgien : "le docteur Mir m'a opéré mille fois sans encombre, seule cette intervention a mal tourné : je lui renouvellerai ma confiance sans problème".
Dans la mesure où un os demande entre six et huit semaines pour se ressouder, Marc Marquez était toutefois conscient de mettre en péril son intégrité physique. Quand bien même sa plaque était censée supporter tous ses efforts, tous les corps mous (muscles) autour de sa fracture étaient encore "à vif" lors de son retour précipité.
D'autre part, il semble difficile d'imaginer qu'un médecin l'autorise à forcer sans compter dès sa sortie du bloc opératoire, surtout au regard des risques inhérents à la moto de haut niveau. Comment lui garantir quoi que ce soit alors que Marquez - pas spécialement adepte de la demi-mesure ! - pouvait à tout moment retomber sur son épaule et donc a minima tordre cette plaque ?
En tout état de cause, risque assumé ou erreur médicale, le n°93 est désormais sur la touche pour une longue durée : son retour n'interviendrait pas avant "deux à trois mois" afin qu'il puisse cette fois récupérer "à 100%", a prévenu le HRC mi-août. Ce qui nous amène au minimum au Grand Prix de France le 11 octobre, voire au Grand Prix d'Aragon le 18 octobre...
Marc Marquez accumulerait alors entre neuf et dix "zéros" et n'aurait plus qu'entre quatre et cinq courses pour marquer des points ! Autrement dit : le champion du monde va céder sa couronne sans même la défendre. "La saison est perdue", reconnaît-il avec fatalisme, même si certaines rumeurs avancent son retour à fin septembre...
Car pour le HRC, l'heure est grave : en l'absence de son prodige, Honda connaît son pire début de saison en catégorie reine depuis... 1981 ! Après cinq courses, aucun pilote Honda n'a signé de pole position ni de podium : Takaaki Nagakami, 6ème au provisoire, est le meilleur représentant de la marque ailé sur sa RCV 2019 !
Son coéquipier Cal Crutchlow, blessé au poignet à Jerez, n'est que l'ombre de lui-même sur sa Honda semi-officielle : le britannique pointe au 21ème rang (!) avec seulement 7 points contre 70 pour le leader Fabio Quartararo. Le rapport est de un à dix !
Crutchlow ne s'en cache pas : la décision de Honda de l'évincer l'an prochain pour recaser Alex Marquez affecte sa motivation. L'anglais affirme par ailleurs que le HRC lui accorderait moins de soutien, comme s'il avait déjà quitté les murs... Il espère dorénavant récupérer l'Aprilia de Iannone, à moins que Dovizioso - en partance de chez Ducati - ne lui soit préféré !
Quant à Alex Marquez, justement, ses débuts sur la moto championne du monde sont catastrophiques : le tenant du titre Moto2 stagne en fond de peloton, aux essais comme en course. Résultat : le team Honda-Repsol pointe actuellement à la dernière place du classement par équipe avec 15 points contre 102 pour Yamaha Petronas-SRT !
Au final, cet épisode n'handicape pas que l'actuel meilleur pilote du plateau MotoGP : elle met également à genou le plus puissant des constructeurs japonais, qui se retrouve brutalement placé face aux limites de sa politique exclusivement tournée vers son champion...
Charge maintenant aux rivaux de Marc Marquez d'en profiter, ce qui n'est pour l'instant pas encore totalement assumé : le championnat se cherche clairement un nouveau leader. Fabio Quartararo, parti en trombe avec ses deux victoires à Jerez, a plus de mal à assumer ce statut, tandis qu'Andrea Dovizioso qui le suit fonctionne à l'alternatif : 11ème à Brno puis vainqueur en Autriche !
Quant aux pilotes officiels Yamaha, ni Viñales ni Rossi ne constituent à ce stade une menace sérieuse : l'espagnol - très solide à Jerez - ne pointe plus qu'au 5ème rang après avoir raté les trois courses suivantes, tandis que l'italien est englué à la 7ème position en raison d'un évident manque de vitesse.
Les deux équipiers sont par ailleurs confrontés à d'inquiétants problèmes mécaniques sur leur M1 qui handicape leurs performances : Rossi a dû abandonner sur casse lors de la manche d'ouverture, Morbidelli l'a imité la course suivante et l'un des cinq moteurs de Viñales a dû être renvoyé au Japon.
Yamaha a donc abaissé le régime maxi des M1 pour éviter d'autres incidents, bridant d'autant leurs chances de résister aux véloces Ducati et KTM. Des motos Oranges qui sont désormais arrivées à maturité, comme le soulignent leurs deux victoires en trois courses : Binder en République tchèque et Oliveira en Autriche !
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Plateau : Les pilotes et leurs motos 2025
02 mars : GP de Thaïlande
16 mars : GP d'Argentine
30 mars : GP des Amériques
13 avril : GP du Qatar
27 avril : GP d'Espagne
11 mai : GP de France
25 mai : GP de Grande-Bretagne
08 juin : GP d'Aragon
22 juin : GP d'Italie
29 juin : GP des Pays-Bas
13 juillet : GP d'Allemagne
20 juillet : GP de République Tchèque (sous réserve)
17 août : GP d'Autriche
24 août : GP de Hongrie (sous réserve)
07 septembre : GP de Catalogne
14 septembre : GP de Saint-Marin
28 septembre : GP du Japon
05 octobre : GP d'Indonésie
19 octobre : GP d'Australie
26 octobre : GP de Malaisie
09 novembre : GP du Portugal
17 novembre : GP de Valence
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