Après Gabin Planques, pilote français en Red Bull Rookies Cup et Moto3 espagnol, Moto-Net.Com s’est entretenu avec son papa. Guillaume Planques revient sur l’école catalane - qu’il préfère à la filière française -, les moyens à déployer pour devenir pilote, la chute de son fils et celle, similaire et fatale, de son copain Jason Dupasquier... Interview.
Depuis sa création en 1999, Moto-Net.Com s’entretient régulièrement avec des pilotes français de vitesse moto... et de pointe : Fabio Quartararo, Johann Zarco, Sylvain Guintoli, Loris Baz, Jules Cluzel, Mathieu Gines, etc. Hier, le Journal moto du Net s’est tourné vers un espoir : Gabin Planques qui roule en Red Bull Rookies Cup et Moto3 espagnol.
Cette année malheureusement, le jeune français - expatrié depuis cinq ans en Espagne - doit prendre ses distances avec les circuits. Pas pour éviter le coronavirus, mais à cause d’une sale blessure au bras suite à une effroyable chute à Valence en fin de saison dernière : une percussion, la hantise des pilotes moto.
Privé de compétition toute cette saison : la punition peut sembler lourde mais pourtant, Gabin a eu de la chance. Beaucoup de chance même, comparé à son copain d’entraînement Jason Dupasquier, le pilote suisse de Moto3 décédé le week-end du Grand Prix d’Italie 2021. On n’ose imaginer la douleur de ses parents. Et la peur de ceux de Gabin...
MNC s’est justement entretenu avec Guillaume Planques, papa de Gabin et Guillem, qui ambitionnent tous deux de monter en Grand Prix moto sur les traces de Fabio Quartararo et Johann Zarco. Son soutien est total, à tel point que toute la famille a déménagé en Catalogne (Espagne). Guillaume nous explique pourquoi et à quel prix.
Moto-Net.Com : Gabin ne sait plus trop ce qui l’a mené à la moto petit. C’est vous, via la compétition auto ?
Guillaume Planques : Tout à fait, je viens de l’automobile, j’ai couru en Formule Ford et je connais bien le milieu de la Formule 1. Mais j’aime bien les sports mécaniques en général et la moto est particulièrement intéressante car c’est l’homme qui prime sur la machine. Même si aujourd’hui les motos sont très sophistiquées, ça n’atteint pas le stade de la F1 actuelle...
MNC : Gabin et Guillem ont commencé, comme beaucoup de minots, sur un PW...
G. P. : Oui, ils ont fait beaucoup, beaucoup de motocross et aujourd'hui encore il ne s’entraînent presque qu’en cross. On habite en Espagne et on a des pistes pas loin de chez nous. Gabin a attaqué la vitesse à 8 ans. Guillem est passé plus tôt à la vitesse car on était déjà en Espagne. Il a plus suivi le cursus "catalan". En Espagne il y a plusieurs écoles bien différente : catalane, valencianne, andalouse...
MNC : Quels est la plus belle qualité de Gabin en tant que pilote. Et son plus vilain défaut ?
G. P. : Ah (sourire)... On va dire que "grâce " à sa blessure, il a bien cerné les deux. Sa principale qualité est son caractère : il est bagarreur. Même s’il part de loin, il ne lâche jamais rien, il se bat. Son plus gros défaut, qui est lié, c’est son orgueil excessif. Il veut trop attraper l’autre... Mais c’est ce qu’on leur apprend en Catalogne !
MNC : C’est spécifique à l’école catalane ?
G. P. : Oui et c’est tout ce qui manque à la moto française, selon moi. En Catalogne, les pilotes apprennent à aller bouffer l’autre. Peut-être trop d’ailleurs ! Prenez le cas de Marquez, c’est exactement ça. On connaît bien Marc, on roule de temps en temps avec lui et son frère Alex. Ils ont cette mentalité, ils ont de l’orgueil en excès. Et c’est là que je considère qu’il faut faire attention, ne pas tout prendre non plus.
MNC : Pas simple de se raisonner et de se contrôler à 14/16 ans...
G. P. : Malgré tout, il faut faire attention. L’accident qu’a eu Gabin en fin de saison dernière, c’était typiquement ça. Il s’est dit "c’est bon, je suis dans le groupe, je peux rouler comme eux"... et puis en fait non.
MNC : Il roulait au-dessus de ses bottes ?
G. P. : C’est ça. La chute qui empêche Gabin de rouler cette année en Red Bull Rookies Cup et Moto3 CEV est exactement la même que celle de Jason Dupasquier au Mugello. Nous étions à son enterrement mardi, car nous sommes très copains avec les parents de Jason. L’accident qui a coûté la vie à leur enfant, Gabin a eu exactement le même en fin de saison dernière. Sauf que Gabin a eu de la chance, Jason n’en a pas eu. Ce genre d’accident, malheureusement, vous devez le connaître une fois. Sans ça, vous ne prenez pas conscience des limites et du danger. Il faut que ça serve.
MNC : Cette tragédie ne remet pas en cause votre engagement auprès de Gabin et Guillem, ni leur propre volonté de courir ?
G. P. : A titre personnel oui ça secoue, bien évidemment. Pour tout vous dire, cela faisait 28 ans que je n’étais pas allé à un enterrement. Mais j’y suis allé car je suis vraiment très proche de Philippe et Andrea... et que ça aurait pu être mon fils. Donc moi je m’interroge, clairement. En revanche, pour Gabin et Guillem, cela fait partie du truc. Ils ont tellement d’adrénaline en participant à ces courses qu’il ne songent pas un instant à arrêter.
MNC : Ils sont accros à l’adrénaline ?
G. P. : C’est ce qu’ils cherchent, a fortiori en Espagne où on roule plus jeune et plus vite.
MNC : Connaissez-vous des parents qui ont préféré tout stopper suite au décès d’un coéquipier ou d’un ami ?
G. P. : Non, parce qu’au niveau que nous avons atteint aujourd’hui (mondial junior pour Gabin, européen pour Guillem), les gamins sont déjà dans l’engrenage et ne s’arrêteront plus. C’est comme une drogue.
MNC : Il y a des parents qui exigent que leur gamins arrêtent la cigarette ou les substances illicites...
G. P. : Oui, mais bien souvent ça tourne au clash. Ce qui arrête vraiment, c’est le manque d’argent.
MNC : L’argent, nerf du sport moto ?
G. P. : Oui, il faut l’accepter. C’est un peu le problème qu’on a avec la Fédération française de motocyclisme. Les gamins roulent en licence espagnole car il manque un vrai schéma, un cadre professionnel au sein de la FFM. Mais cela pourrait bouger, je dois bientôt m’entretenir à ce sujet avec Pascal Finot, le nouveau directeur technique national adjoint. Je le connais bien car il était auparavant sur le cross. C’est un bon mec, qui d’après moi peut faire bouger les choses dans le bon sens. Il faut faire les choses correctement.
MNC : En termes de budget, combien faut-il prévoir pour lancer son minot au niveau mondial ?
G. P. : L’engagement à la Red Bull Rookies Cup est gratuit, mais il faut prendre en compte les déplacements, le logement... Et puis il y a le championnat espagnol, les entraînements. Mis bout à bout, grosso modo, pour les deux enfants il faut prévoir 250 000 euros par an.
MNC : C’est une très grosse somme !
G. P. : Oui, ce n’est pas évident à réunir. Prenez Acosta par exemple (le nouveau prodige du Moto3, NDLR), il devait courir avec Gabin il y a deux ans, mais ça ne s’est pas fait faute de budget. Depuis, comme c’est un gamin hyper talentueux, il a été pris en charge par des managers. Mais il faut faire attention, car derrière cette image de jeune pilote à qui tout réussit et est promis à un avenir radieux, il faut savoir que la moitié de ses revenus dans les 10 ou 15 ans seront captés par ses managers.
MNC : Comment bouclez-vous votre budget ?
G. P. : C’est tout un schéma économique. J’ai la chance d’avoir le soutien de solides partenaires, qui nous suivent depuis un long moment et veulent emmener Gabin et Guillem jusqu’en Grands Prix.
MNC : Luc1 Moto fait partie de ces soutiens ?
G. P. : Oui, Ludo est un super mec qui est à fond derrière les gamins. Il nous prépare des supermotards pour participer à des manches de championnat de France. C’est devenu un très bon pote, qui se situe lui aussi un peu hors système. Je pense que cela nous vient du cross, où l’on n’a pas la même vision de la moto qu’en vitesse. On est aussi décalé dans le sens où les gamins roulent avec des Espagnols et courent contre des Espagnols.
MNC : Comme Fabio Quartararo l’a fait, finalement !
G. P. : Oui, sauf qu’on a poussé le bouchon un peu plus loin. Fabio est parti vivre en Espagne sans ses parents. Ma femme et moi ne voulions pas quitter nos enfants.
MNC : Gabin nous a confié qu’aujourd’hui, la moto était sa priorité avant les études. Vous lui accordez combien de temps pour percer ?
G. P. : Ils n’ont pas de pression, que ce soit en termes de délai ou de résultats. Gabin a bien marché en Autriche à la Red Bull, il est déjà repéré. L’objectif est de repartir sur le Moto3 FIM (championnat espagnol de dimension "pré-mondial", NDLR) et la Red Bull Rookies Cup., pour monter en Grand Prix Moto3 en 2023. Il aurait du y accéder en 2022, mais bon...
MNC : Et il y a eu la blessure à Valence en fin d’année.
G. P. : Oui, il s’est fait percuté comme Jason mais au bras, dont les deux nerfs ont été distendus. Il a perdu sa musculature à gauche. Mais ça revient depuis un mois, un mois et demi. Et il lui reste trois ou quatre mois.
MNC : Il devrait récupérer toute sa force, sa mobilité, sa précision ?
G. P. : On en a discuté hier avec Dani Pedrosa, qui était aussi là à l’enterrement. Il m’a dit que les progrès de Gabin était encourageants. Même le docteur Mir qui le suit (comme il suit tous les cadors ou presque du MotoGP, NDLR) en est tombé par terre ce printemps, il n’en revenait pas. Mais sur ce type de blessure, c’est le mental qui prime car il faut rebrancher le cerveau sur les nerfs. Ça se joue beaucoup à la motivation. Et ça fait partie du jeu : Marquez est passé par là, Lorenzo aussi... Tous ont eu la grosse blessure.
MNC : A Portimao malheureusement, vous avez compris qu’il n’était pas prêt.
G. P. : Non, il ne tenait pas plus de sept tours... Mais au chrono il n’était pas mal : 18ème avec une main dans le dos, ça allait à peu près. Ce sont les mecs de la Red Bull qui lui ont conseillé de s’arrêter, se soigner et revenir l’année prochaine. Il ne fallait pas risquer le sur-accident.
MNC : En attendant, il va pouvoir veiller sur son petit frère !
G. P. : Exactement, Guillem roule ce week-end à Barcelone.
MNC : On lui souhaite le meilleur, ainsi qu’à Gabin. Merci !
G. P. : Merci à vous. On se tient au courant !
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Plateau : Les pilotes et leurs motos 2025
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