• L'essentiel
  • -
  • En savoir plus...
GRAND PRIX À TOUT PRIX
Paris, le 11 juin 2021

En piste pour devenir champion de vitesse moto, quoi qu’il en coûte ?

En piste pour devenir champion de vitesse moto, quoi qu’il en coûte ?

Après Gabin Planques, pilote français en Red Bull Rookies Cup et Moto3 espagnol, Moto-Net.Com s’est entretenu avec son papa. Guillaume Planques revient sur l’école catalane - qu’il préfère à la filière française -, les moyens à déployer pour devenir pilote, la chute de son fils et celle, similaire et fatale, de son copain Jason Dupasquier... Interview.

Imprimer

Depuis sa création en 1999, Moto-Net.Com s’entretient régulièrement avec des pilotes français de vitesse moto... et de pointe : Fabio Quartararo, Johann Zarco, Sylvain Guintoli, Loris Baz, Jules Cluzel, Mathieu Gines, etc. Hier, le Journal moto du Net s’est tourné vers un espoir : Gabin Planques qui roule en Red Bull Rookies Cup et Moto3 espagnol.

Cette année malheureusement, le jeune français - expatrié depuis cinq ans en Espagne - doit prendre ses distances avec les circuits. Pas pour éviter le coronavirus, mais à cause d’une sale blessure au bras suite à une effroyable chute à Valence en fin de saison dernière : une percussion, la hantise des pilotes moto.

Privé de compétition toute cette saison : la punition peut sembler lourde mais pourtant, Gabin a eu de la chance. Beaucoup de chance même, comparé à son copain d’entraînement Jason Dupasquier, le pilote suisse de Moto3 décédé le week-end du Grand Prix d’Italie 2021. On n’ose imaginer la douleur de ses parents. Et la peur de ceux de Gabin...

MNC s’est justement entretenu avec Guillaume Planques, papa de Gabin et Guillem, qui ambitionnent tous deux de monter en Grand Prix moto sur les traces de Fabio Quartararo et Johann Zarco. Son soutien est total, à tel point que toute la famille a déménagé en Catalogne (Espagne). Guillaume nous explique pourquoi et à quel prix.

Moto-Net.Com : Gabin ne sait plus trop ce qui l’a mené à la moto petit. C’est vous, via la compétition auto ?
Guillaume Planques :
Tout à fait, je viens de l’automobile, j’ai couru en Formule Ford et je connais bien le milieu de la Formule 1. Mais j’aime bien les sports mécaniques en général et la moto est particulièrement intéressante car c’est l’homme qui prime sur la machine. Même si aujourd’hui les motos sont très sophistiquées, ça n’atteint pas le stade de la F1 actuelle...

 En piste pour devenir champion de vitesse moto, quoi qu’il en coûte ?

MNC : Gabin et Guillem ont commencé, comme beaucoup de minots, sur un PW...
G. P. :
Oui, ils ont fait beaucoup, beaucoup de motocross et aujourd'hui encore il ne s’entraînent presque qu’en cross. On habite en Espagne et on a des pistes pas loin de chez nous. Gabin a attaqué la vitesse à 8 ans. Guillem est passé plus tôt à la vitesse car on était déjà en Espagne. Il a plus suivi le cursus "catalan". En Espagne il y a plusieurs écoles bien différente : catalane, valencianne, andalouse...

MNC : Quels est la plus belle qualité de Gabin en tant que pilote. Et son plus vilain défaut ?
G. P. :
Ah (sourire)... On va dire que "grâce " à sa blessure, il a bien cerné les deux. Sa principale qualité est son caractère : il est bagarreur. Même s’il part de loin, il ne lâche jamais rien, il se bat. Son plus gros défaut, qui est lié, c’est son orgueil excessif. Il veut trop attraper l’autre... Mais c’est ce qu’on leur apprend en Catalogne !

MNC : C’est spécifique à l’école catalane ?
G. P. :
Oui et c’est tout ce qui manque à la moto française, selon moi. En Catalogne, les pilotes apprennent à aller bouffer l’autre. Peut-être trop d’ailleurs ! Prenez le cas de Marquez, c’est exactement ça. On connaît bien Marc, on roule de temps en temps avec lui et son frère Alex. Ils ont cette mentalité, ils ont de l’orgueil en excès. Et c’est là que je considère qu’il faut faire attention, ne pas tout prendre non plus.

MNC : Pas simple de se raisonner et de se contrôler à 14/16 ans...
G. P. :
Malgré tout, il faut faire attention. L’accident qu’a eu Gabin en fin de saison dernière, c’était typiquement ça. Il s’est dit "c’est bon, je suis dans le groupe, je peux rouler comme eux"... et puis en fait non.

 En piste pour devenir champion de vitesse moto, quoi qu’il en coûte ?

MNC : Il roulait au-dessus de ses bottes ?
G. P. :
C’est ça. La chute qui empêche Gabin de rouler cette année en Red Bull Rookies Cup et Moto3 CEV est exactement la même que celle de Jason Dupasquier au Mugello. Nous étions à son enterrement mardi, car nous sommes très copains avec les parents de Jason. L’accident qui a coûté la vie à leur enfant, Gabin a eu exactement le même en fin de saison dernière. Sauf que Gabin a eu de la chance, Jason n’en a pas eu. Ce genre d’accident, malheureusement, vous devez le connaître une fois. Sans ça, vous ne prenez pas conscience des limites et du danger. Il faut que ça serve.

MNC : Cette tragédie ne remet pas en cause votre engagement auprès de Gabin et Guillem, ni leur propre volonté de courir ?
G. P. :
A titre personnel oui ça secoue, bien évidemment. Pour tout vous dire, cela faisait 28 ans que je n’étais pas allé à un enterrement. Mais j’y suis allé car je suis vraiment très proche de Philippe et Andrea... et que ça aurait pu être mon fils. Donc moi je m’interroge, clairement. En revanche, pour Gabin et Guillem, cela fait partie du truc. Ils ont tellement d’adrénaline en participant à ces courses qu’il ne songent pas un instant à arrêter.

MNC : Ils sont accros à l’adrénaline ?
G. P. :
C’est ce qu’ils cherchent, a fortiori en Espagne où on roule plus jeune et plus vite.

 En piste pour devenir champion de vitesse moto, quoi qu’il en coûte ?

MNC : Connaissez-vous des parents qui ont préféré tout stopper suite au décès d’un coéquipier ou d’un ami ?
G. P. :
Non, parce qu’au niveau que nous avons atteint aujourd’hui (mondial junior pour Gabin, européen pour Guillem), les gamins sont déjà dans l’engrenage et ne s’arrêteront plus. C’est comme une drogue.

MNC : Il y a des parents qui exigent que leur gamins arrêtent la cigarette ou les substances illicites...
G. P. :
Oui, mais bien souvent ça tourne au clash. Ce qui arrête vraiment, c’est le manque d’argent.

MNC : L’argent, nerf du sport moto ?
G. P. :
Oui, il faut l’accepter. C’est un peu le problème qu’on a avec la Fédération française de motocyclisme. Les gamins roulent en licence espagnole car il manque un vrai schéma, un cadre professionnel au sein de la FFM. Mais cela pourrait bouger, je dois bientôt m’entretenir à ce sujet avec Pascal Finot, le nouveau directeur technique national adjoint. Je le connais bien car il était auparavant sur le cross. C’est un bon mec, qui d’après moi peut faire bouger les choses dans le bon sens. Il faut faire les choses correctement.

MNC : En termes de budget, combien faut-il prévoir pour lancer son minot au niveau mondial ?
G. P. :
L’engagement à la Red Bull Rookies Cup est gratuit, mais il faut prendre en compte les déplacements, le logement... Et puis il y a le championnat espagnol, les entraînements. Mis bout à bout, grosso modo, pour les deux enfants il faut prévoir 250 000 euros par an.

 En piste pour devenir champion de vitesse moto, quoi qu’il en coûte ?

MNC : C’est une très grosse somme !
G. P. :
Oui, ce n’est pas évident à réunir. Prenez Acosta par exemple (le nouveau prodige du Moto3, NDLR), il devait courir avec Gabin il y a deux ans, mais ça ne s’est pas fait faute de budget. Depuis, comme c’est un gamin hyper talentueux, il a été pris en charge par des managers. Mais il faut faire attention, car derrière cette image de jeune pilote à qui tout réussit et est promis à un avenir radieux, il faut savoir que la moitié de ses revenus dans les 10 ou 15 ans seront captés par ses managers.

MNC : Comment bouclez-vous votre budget ?
G. P. :
C’est tout un schéma économique. J’ai la chance d’avoir le soutien de solides partenaires, qui nous suivent depuis un long moment et veulent emmener Gabin et Guillem jusqu’en Grands Prix.

MNC : Luc1 Moto fait partie de ces soutiens ?
G. P. :
Oui, Ludo est un super mec qui est à fond derrière les gamins. Il nous prépare des supermotards pour participer à des manches de championnat de France. C’est devenu un très bon pote, qui se situe lui aussi un peu hors système. Je pense que cela nous vient du cross, où l’on n’a pas la même vision de la moto qu’en vitesse. On est aussi décalé dans le sens où les gamins roulent avec des Espagnols et courent contre des Espagnols.

 En piste pour devenir champion de vitesse moto, quoi qu’il en coûte ?

MNC : Comme Fabio Quartararo l’a fait, finalement !
G. P. :
Oui, sauf qu’on a poussé le bouchon un peu plus loin. Fabio est parti vivre en Espagne sans ses parents. Ma femme et moi ne voulions pas quitter nos enfants.

MNC : Gabin nous a confié qu’aujourd’hui, la moto était sa priorité avant les études. Vous lui accordez combien de temps pour percer ?
G. P. :
Ils n’ont pas de pression, que ce soit en termes de délai ou de résultats. Gabin a bien marché en Autriche à la Red Bull, il est déjà repéré. L’objectif est de repartir sur le Moto3 FIM (championnat espagnol de dimension "pré-mondial", NDLR) et la Red Bull Rookies Cup., pour monter en Grand Prix Moto3 en 2023. Il aurait du y accéder en 2022, mais bon...

MNC : Et il y a eu la blessure à Valence en fin d’année.
G. P. :
Oui, il s’est fait percuté comme Jason mais au bras, dont les deux nerfs ont été distendus. Il a perdu sa musculature à gauche. Mais ça revient depuis un mois, un mois et demi. Et il lui reste trois ou quatre mois.

 En piste pour devenir champion de vitesse moto, quoi qu’il en coûte ?

MNC : Il devrait récupérer toute sa force, sa mobilité, sa précision ?
G. P. :
On en a discuté hier avec Dani Pedrosa, qui était aussi là à l’enterrement. Il m’a dit que les progrès de Gabin était encourageants. Même le docteur Mir qui le suit (comme il suit tous les cadors ou presque du MotoGP, NDLR) en est tombé par terre ce printemps, il n’en revenait pas. Mais sur ce type de blessure, c’est le mental qui prime car il faut rebrancher le cerveau sur les nerfs. Ça se joue beaucoup à la motivation. Et ça fait partie du jeu : Marquez est passé par là, Lorenzo aussi... Tous ont eu la grosse blessure.

MNC : A Portimao malheureusement, vous avez compris qu’il n’était pas prêt.
G. P. :
Non, il ne tenait pas plus de sept tours... Mais au chrono il n’était pas mal : 18ème avec une main dans le dos, ça allait à peu près. Ce sont les mecs de la Red Bull qui lui ont conseillé de s’arrêter, se soigner et revenir l’année prochaine. Il ne fallait pas risquer le sur-accident.

MNC : En attendant, il va pouvoir veiller sur son petit frère !
G. P. :
Exactement, Guillem roule ce week-end à Barcelone.

MNC : On lui souhaite le meilleur, ainsi qu’à Gabin. Merci !
G. P. :
Merci à vous. On se tient au courant !

.

.

.

Les derniers essais MNC

Yamaha Tmax Tech Max 2025 : notre essai complet en vidéo

Si l'on écarte la sportive R1 désormais réduite à une utilisation strictement pistarde, le Tmax est en 2025 le plus ancien produit du catalogue Yamaha. Certainement pas obsolète, le maxiscooter aux trois diapasons, neuf générations (!) et deux versions (standard ou Tech Max) veut rester au top de ''sa'' catégorie. Essai !
Yamaha MT-07 2025 : notre essai complet en vidéo

Yamaha lance en 2025 la quatrième génération de sa MT-07 ! Profondément remanié au niveau de la partie-cycle, le ''roadstar'' d'Iwata peut recevoir la nouvelle boite robotisée Y-AMT afin de simplifier l'emploi de son moteur CP2 désormais homologué Euro5+. MNC passe aux commandes !
Essai R9 2025 : Yamaha bouscule encore le Supersport

Alors que le World Supersport tente de se réinventer et que les ventes de sportives de moyennes cylindrées en France tendent à croître, Yamaha propose en 2025 une inédite R9. Oui c'est bien elle, la MT-09 non seulement carénée, mais optimisée pour une utilisation sur circuit… et sur route ? Essai.
Royal Enfield Classic 650 2025 : notre essai en vidéo

C'est un authentique classique de la moto que MNC vient d'essayer - et essuyer sous la pluie - à Madrid ! Royal Enfield nous a confié les commandes de sa Classic 650 qui combine look du modèle iconique, partie-cycle conventionnelle, instrumentation néo-rétro et bicylindre de 47 ch ("A2 approved" donc). Essai !

A lire aussi sur le Journal moto du Net

Manifestations FFMC contre les Zones à faibles émissions (ZFE)

Alors que la suppression des ZFE fait débat, la Fédération française des motards en colère (FFMC) appelle à manifester contre les Zones à faibles émissions ce dimanche en association avec le collectif Les Gueux. 
Yamaha Tmax Tech Max 2025 : notre essai complet en vidéo

Si l'on écarte la sportive R1 désormais réduite à une utilisation strictement pistarde, le Tmax est en 2025 le plus ancien produit du catalogue Yamaha. Certainement pas obsolète, le maxiscooter aux trois diapasons, neuf générations (!) et deux versions (standard ou Tech Max) veut rester au top de ''sa'' catégorie. Essai !
Experience Tour : les motos 2025 Harley-Davidson à l'essai

Le constructeur américain met les petits plats dans les grands pour faire découvrir ses nombreuses nouveautés 2025 à travers des essais d'une heure dans le cadre des douze rendez-vous de son Experience Tour Harley-Davidson. Programme.
Agenda 1 commentaire
Le prix des nouvelles Mash K750 et GT750 

Mash continue d'étendre sa nouvelle gamme de motos bicylindres de 730 cc construites par Jedi avec la sportive K750 et la routière GT750. Deux nouveautés attendues cet été au prix de…
Guide des nouveautés motos 2025

Toutes les informations sur les nouveautés moto et scooter 2025 : présentations, caractéristiques, prix, coloris, disponibilités et nos premiers essais MNC. Le guide le plus complet des nouveaux deux et trois roues, marque par marque, c'est sur Moto-Net.Com ! (MAJ le 01/04/2025)
Guides pratiques 1 commentaire

Calendrier MotoGP 2025

Plateau : Les pilotes et leurs motos 2025

GP moto de Thaïlande 02 mars : GP de Thaïlande
GP moto d'Argentine  16 mars : GP d'Argentine
GP moto des Amériques 30 mars : GP des Amériques
GP moto du Qatar 13 avril : GP du Qatar
GP moto d'Espagne 27 avril : GP d'Espagne
GP de France moto 11 mai : GP de France
GP moto de Grande-Bretagne 25 mai : GP de Grande-Bretagne
GP moto d'Aragon 08 juin : GP d'Aragon
GP moto d'Italie 22 juin : GP d'Italie
GP moto des Pays-Bas 29 juin : GP des Pays-Bas
GP moto d'Allemagne 13 juillet : GP d'Allemagne
GP moto de République Tchèque 20 juillet : GP de République Tchèque (sous réserve)
GP moto d'Autriche 17 août : GP d'Autriche
GP moto de Hongrie 24 août : GP de Hongrie (sous réserve)
GP moto de Catalogne 07 septembre : GP de Catalogne
GP moto de Saint-Marin 14 septembre : GP de Saint-Marin
GP moto du Japon 28 septembre : GP du Japon
GP moto d'Indonésie 05 octobre : GP d'Indonésie
GP moto d'Australie 19 octobre : GP d'Australie
GP moto de Malaisie 26 octobre : GP de Malaisie
GP moto du Portugal 09 novembre : GP du Portugal
GP moto de Valence 17 novembre : GP de Valence

SAISON 2025   |   SAISONS PRÉCÉDENTES

  • En savoir plus...