Depuis quatre ans, Kawasaki et Jonathan Rea règnent sans partage sur le World Superbike. En 2019, leurs concurrents s'organisent - ou se réorganisent ! - pour tenter de renverser la firme d'Akashi et son impitoyable "JR". MNC fait le point sur les teams BMW, Ducati, Honda et Yamaha...
Quatre titres en quatre saisons, 92 podiums dont 56 victoires en 103 départs : depuis son arrivée chez Kawasaki en 2015, Jonathan Rea empile les succès et ne cesse de battre des records ! Les fans de la firme d'Akashi et du n°65 nord-irlandais (aujourd'hui quadruple "Number One" mondial) sont aux anges. Mais leurs concurrents sont verts... de rage !
Au sein même de l'équipe officielle Kawasaki, la phénoménale emprise de Rea a eu raison de la motivation de son coéquipier Tom Sykes. Le n°66 anglais restera néanmoins le pilote ayant permis à la ZX-10R de progressivement s'imposer en World Superbike : mise au point en 2010, première pole puis victoire sur le mouillé l'année suivante.
Passés à un demi-point (!) du sacre en 2012 face à Biaggi et son Aprilia, "Super" Sykes et sa Ninja ont pris leur revanche en 2013 ! L'année suivante, le champion du Yorkshire (Angleterre) n'a été contraint de céder le trône à "notre frenchie" Sylvain Guintoli que pour six petits points !
Éclipsé par le dieu Rea ces quatre dernières années, "Major Tom" cherche à se relancer dans la lutte pour le titre mondial en changeant de méthode. En changeant de moto en fait, puisqu'en 2019 le recordman de pole position en WorldSBK (48) pilotera la toute nouvelle BMW officiellement engagée par la marque à l'hélice.
Lors du dernier salon Eicma de Milan (Italie), cette annonce fait l'effet d'une bombe dans le - petit - milieu de la compétition moto : non content de lancer une toute nouvelle Superbike en 2019, BMW s'offre les services d'un pilote qui n'était pas sorti du Top 3 mondial entre 2012 et 2017.
L'équipe SMR - qui faisait rouler cette saison (2018) Eugene Laverty et Lorenzo Savadori sur des Aprilia RSV4 - aura la lourde charge l'an prochain d'aligner les deux S1000RR 2019 d'usine pilotées par Tom Sykes et Markus Reiterberger, un pur produit BMW.
Trois fois champion de Superbike allemand (IDM) en 2013, 2015 et 2017, "Reiti" a déjà couru en World Superbike. C'était en 2016, mais le n°21 n'avait pas décroché les résultats escomptés. Pire, il s'était salement blessé en fin de saison à Misano. Déçu, voire vexé, le pilote allemand avait laminé ses compatriotes en IDM 2017 !
Cette année, le n°21 s'est offert le dernier titre de l'histoire du Superstock 1000, en compagnie toujours de la S1000RR. En juste récompense de tous ses efforts et succès, le pilote originaire de Bayern en Bavière (une région chère à BMW !) se voit confier le guidon de la seconde machine officielle.
Unique pilote BMW en WorldSBK 2018 et seul pilote français, Loris Baz aurait lui aussi mérité de piloter la nouvelle "Béhème". Comme Sykes et Reiterberger, notre très grand pilote (1,92 m) s'est rendu au salon Eicma pour assurer la promotion de l'Airbag Alpinestar, celle des casques LS2... et la sienne bien sûr !
Me today at the eicma when people ask me what I do next year pic.twitter.com/lCkkslTlFI
— Loris baz (@lorisbaz) 7 novembre 2018
Moto-Net.Com observe d'ailleurs avec tristesse que Loris n'est pas le seul à chercher un nouveau guidon en World Superbike : Xavi Forés (pourtant meilleur pilote indépendant en 2018) et les coéquipiers Eugene Laverty et Lorenzo Savadori sont aussi actuellement à pied... d'oeuvre pour remonter en selle !
L'équipe Ducati Barni, qui a régulièrement atteint le Top 5 cette saison et est montée cinq fois sur le podium grâce à Forés, a décidé d'engager l'an prochain le plus jeune - et italien - Michael Rinaldi. Le champion de STK1000 2017 a disputé les courses européennes du calendrier WSBK 2018. Il participera à l'ensemble des épreuves en 2019... sur la nouvelle Super(be)bike de Bologne !
À l'instar de BMW, Ducati a présenté à "son" salon de la moto sa toute nouvelle machine de course, inspirée de son proto de Grand Prix ! La Panigale V4 R remplacera en 2019 la 1199 Panigale R, deuxième meilleure moto du championnat World Superbike si l'on en croit les classements des constructeurs ces quatre dernières saisons.
Pour battre Kawasaki, Ducati s'est résolu à abandonner son traditionnel bicylindre (de 1200 cc depuis 2008) au profit d'un tout nouveau - tout beau ? - 4-cylindres en V de 1000 cc. Pour évincer Rea en revanche, l'usine de Noale a logiquement renouvelé sa confiance à Chaz Davies : le n°7 gallois alterne aux deuxième et troisième places du championnat depuis quatre ans.
"Chazie" qui faisait équipe avec Marco Melandri depuis deux saisons, sera rejoint par un nouveau venu dans la catégorie World Superbike : Alvaro Bautista ! Le pilote espagnol dispose d'une exceptionnelle expérience sur des V4 de toutes sortes et toutes marques en MotoGP : il a couru sur Suzuki en 2010 et 2011, Honda en 2012 et 2014, Aprilia en 2015 et 2016 et Ducati en 2017 et 2018 ! Qui dit mieux ?
Auteur d'une formidable pige au sein du team officiel Ducati lors du Grand Prix d'Australie cette année (4ème !), le champion du monde 125 en 2006 et vice-champion du monde 250 en 2008 (derrière le regretté Marco Simoncelli) intègre le World Superbike par la grande porte : celle du box Aruba Ducati. Les attentes des fans, des sponsors et des patrons Ducati n'en sont que plus grandes !
Tout comme leurs camarades de Bologne, les Rouges de Tokyo considèrent que la domination des Verts n'a que trop duré en World Superbike. C'est pourquoi Honda a annoncé lors du récent salon italien son retour aux affaires ! Après avoir délégué son activité WSBK à l'équipe Ten Kate, le HRC reprend les commandes... Comme aux 8H de Suzuka où le n°1 mondial a tenté de stopper l'hégémonie Yamaha. En vain...
Le département compétition de la marque ailée assure que son implication sera totale en 2019... même si Honda s'appuiera sur deux solides collaborateurs pour aligner ses deux Fireblade d'usine : l'excellente équipe italienne Althea (titrée avec Carlos Checa et la dernière 1198 R en 2011) et le célèbre préparateur nippon Moriwaki.
Stoppé puis ralenti par une mauvaise chute dès la troisième course de la saison 2018 à Aragon (Espagne) - comme et avec Laverty ! -, Leon Camier conserve sa place au sein du team Honda plus "officiel" que jamais. Les employeurs du n°2 anglais gardent en mémoire ses belles prestations au guidon de la MV Agusta F4 et continuent de croire en de beaux exploits sur la CBR1000RR. Comme Rea en son temps !
Au contraire, Jake Gagne qui avait eu la lourde tâche de remplacer Nicky Hayden n'est pas reconduit pour la nouvelle saison. Le californien cède sa place à Ryuichi Kiyonari qui avait lui-même dû, en son temps, reprendre le flambeau de son compatriote Daijiro Kato en MotoGP... C'était il y a 15 ans !
Le "rookie" japonais avait terminé 20ème du championnat MotoGP avec 22 points, soit autant que Kenny Roberts Jr sur sa Suzuki et 3 points de plus que Nobuatsu Aoki sur Proton KR. "Kiyo" avait battu deux autres permanents : Garry McCoy (11 points) et Andrew Pitt (4) qui restent à ce jour les deux derniers pilotes officiels Kawasaki en Gran Prix !
Outre sa nationalité, Kiyonari doit sa présence en World Superbike 2019 à son palmarès en British Superbike : le plus britannique des pilotes japonais a remporté le championnat BSB à trois reprises avec Honda en 2006 et 2007, puis en 2010 après deux saisons passées en WSBK.
De son propre aveu, l'embauche de Ryuichi est très surprenante : en World Superbike, le n°23 a avant tout marqué les esprits lors d'une incroyable séance de qualification/rodéo sur la piste détrempée de Donington Park en 2008. Kiyonari a bien décroché trois victoires en WSBK (en Angleterre) et trois autres podiums (à Monza en Italie), mais il n'a terminé qu'aux 9ème et 11ème places du championnat. Peut mieux faire ?
Chez Yamaha, la marge de progression des deux pilotes d'usine est plus faible : Michael van der Mark a remporté la médaille de bronze en 2018, tandis que son coéquipier, cinquième du provisoire au moment de reconduire son contrat pour les deux prochaines saisons, a fini sixième derrière Melandri.
Les Bleus n'ont évidemment pas souhaité changer une équipe qui a gagné trois courses en 2018 (Yamaha est le seul constructeur à avoir battu Kawasaki et Ducati en course) et est monté sur 11 autres podiums (Aprilia n'en a glané que deux). Pour accroître ses chances de réussite, la firme d'Iwata a tout simplement augmenté ses effectifs !
Deux R1 supplémentaires officielles seront alignées par le team GRT, celui-là même qui a mené Lucas Mahias vers le trône du World Supersport 2017 ! En 2019, l'équipe italienne ne montera d'ailleurs pas seule en World Superbike : elle sera accompagnée du champion 2018, Sandro Cortese !
Dès sa première saison WSSP, le n°11 allemand a raflé le titre : les fans de Jules Cluzel auront beau pester en estimant que Sandro a plutôt "fauché" le titre à leur Julo préféré, l'histoire du WorldSBK retiendra que le "rookie" et champion de Moto3 a été couronné en World Supersport 2018 et a immédiatement été promu en WSBK... Où il fera autant d'étincelles au championnat comme sur la piste ?!
Le deuxième pilote du nouveau team Yamaha GRT, qui apparait néanmoins en première place sur le communiqué officiel, n'est autre que Marco Melandri, un "revenant" de 36 ans ! Pour mémoire, Marco avait offert à la précédente génération de R1 sa dernière victoire, en 2011 lors de son ultime course.
Plus fort encore, le n°33 italien avait obtenu le "titre" de vice-champion du monde à l'issue de sa toute première saison en World Superbike, loin, très loin du champion Carlos Checa sur sa 1198 privée (!). Cinquième du championnat en 2018 aux commandes de la remuante Panigale "V2" d'usine, où Melandri terminera-t-il 2019 sur la R1 ? Mystère et boules de Pirelli...
Tom Sykes :
"Je suis très enthousiaste de rejoindre le nouveau projet BMW dans le Championnat WorldSBK. Je crois que le partenariat entre BMW et le Shaun Muir Racing constitue une chance formidable, et suppose que nous partageons tous les mêmes objectifs quant à savoir où nous voulons être. Je suis impatient de participer aux essais de pré-saison, où je vais avoir un premier aperçu de la nouvelle BMW S1000RR et commencer mon nouveau défi, ma nouvelle aventure".
Markus Reiterberger :
"Je suis très content de rester au sein de la famille BMW, et de courir pour une équipe compétente et expérimentée. Je suis impatient de travailler avec mon nouveau coéquipier, Tom Sykes. J'ai beaucoup de respect pour lui : il a déjà été champion du monde et fait partie des meilleurs depuis plusieurs années. Cependant, nous avons besoin d'être vigilants sur le fait de ne pas entretenir des attentes trop élevées. Nous avons une nouvelle moto et nous sommes une nouvelle équipe. Nous avons juste besoin d'essayer de progresser constamment et de nous assurer que nous nous préparons bien pour le début de la saison. Je suis vraiment impatient d'aborder ce nouveau défi et je suis très optimiste. Merci à toutes les personnes qui m'ont soutenu et qui m'ont offert cette nouvelle chance en WorldSBK".
Chaz Davies :
" J'ai une longue histoire avec Ducati, c'est ma cinquième saison avec eux(ce sera sa sixième saison en 2019, sa septième en 2020, NDLR). C'est donc très excitant de poursuivre avec la nouvelle V4. Je pense que cela va être un changement intéressant. C'est une direction différente pour Ducati, et vraiment très excitante. Je suis enthousiaste quant à ce projet dans son ensemble. J'adore le fait de faire partie de Ducati et de l'équipe Aruba - nous avons tellement de bonnes personnes ici -, c'est comme une famille. Tout le monde est très optimiste, c'est une situation de rêve que d'avoir des gens comme ça autour de moi, ainsi que d'avoir l'opportunité de disposer d'une toute nouvelle moto au moment de signer le nouveau contrat".
Alvaro Bautista :
"La saison prochaine, ce sera un nouveau défi, étant donné que je vais quitter le MotoGP après 16 années de présence dans le paddock. Je suis très motivé et ce sera un nouveau défi pour moi. La confiance que Ducati a placée en moi est très bonne. Je pense que nous pouvons obtenir un bon résultat en WorldSBK et que nous pouvons prendre du plaisir. Je suis impatient d'aller dans le championnat WorldSBK, je pense que c'est une catégorie en plein essor, et je pense que nous allons pouvoir obtenir quelques bons résultats".
Leon Camier :
"Je suis vraiment enthousiaste, c'est une très grande opportunité, immensément excitante. Le fait que le HRC revienne en World Superbike, c'est incroyable et j'ai vraiment hâte que nous commencions. Le niveau du WorldSBK est vraiment élevé, beaucoup plus que ce que les gens peuvent réaliser. Rea a placé la barre vraiment haut. Le plan est de progresser et de rejoindre Kawasaki à un moment donné. Nous devons nous montrer compétitifs dès le début. C'est une nouvelle équipe, avec de nouvelles choses qui se mettent en place et beaucoup de choses sur lesquelles travailler. Je sens que le potentiel pour frapper aux portes du podium est là".
Ryuichi Kiyonari :
"Avant tout, je suis un peu surpris que le HRC revienne en Superbike et je suis surpris que le HRC m'ait appelé. Cela fait dix ans que je n'ai pas couru en SBK. Je suis très heureux de rejoindre ce grand projet. J'ai deux ans d'expérience en WorldSBK – en 2008 et 2009 – et c'est très compétitif. Ça n'est pas facile de se classer dans le Top 6, mais nous avons une bonne moto et un bon team. Si j'arrive à faire du bon travail, j'espère pouvoir obtenir de bons résultats".
Sandro Cortese :
"Gagner le Championnat WorldSSP et ensuite passer en WorldSBK avec le GRT Yamaha Team est comme un rêve qui devient réalité pour moi. Je suis super content de faire partie de ce nouveau projet et, même si c'est un gros changement, j'ai hâte de relever ce défi et de monter sur la Yamaha YZF-R1 pour la première fois. Je commencerai ainsi mon processus de familiarisation à Jerez ce mois-ci. Cela sera comme Noël : je n'ai jamais piloté une aussi grosse machine auparavant et je suis comme un enfant qui n'en peut plus d'attendre son cadeau ! La moto demandera beaucoup plus d'efforts physiquement que la Yamaha YZF-R6, d'autant plus qu'il y aura trois courses chaque week-end, au lieu d'une seule cette année. Je vais vraiment devoir m'entraîner durant l'hiver afin d'être fin prêt".
Marco Melandri :
Sous contrat avec Ducati à l'annonce de son transfert, le pilote italien ne s'est pas encore exprimé sur la saison à venir. Restez connectés !
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