
Le constructeur autrichien KTM, désormais aux mains du groupe indien Bajaj, change de braquet pour se relancer après un an et demi de difficultés financières et d'intenses restructurations.
L'annonce avait fait l'effet d'une bombe le 29 novembre 2024 : Pierer Mobility, qui possède KTM, GasGas et Husqvarna, se place en restructuration judiciaire. Ventes en chute libre (-29% en 2024), stocks démesurés (plus de 200 000 motos !), mauvais choix d'investissements (vélos électriques, MV Agusta…) : la banqueroute frôle le groupe autrichien, qui revendiquait le statut de premier constructeur européen de motos !
D'importantes coupes sont réalisées pour limiter la casse : salaires gelés et chômage partiel impactent la masse salariale, tandis qu'environ 1500 postes sont supprimés en deux ans. Ce "dégraissage" touche jusqu'à l'emblématique président et fondateur : Stefan Pierer est poussé vers la sortie en juin 2025. Probablement pas, on s'en doute, pour récompenser sa parfaite gestion d'entreprise…
KTM est finalement sauvé par son partenaire indien Bajaj Auto International, qui éponge ses énormes dettes et devient actionnaire principal en mai 2026. Bajaj prévoit de limiter les coûts en délocalisant davantage de production en Inde, tout en réduisant la voilure du très coûteux programme sportif de KTM qui s'étend du tout-terrain au MotoGP. Autre levier pour sortir la marque Orange de la zone rouge : la stratégie commerciale.
A commencer par l'abandon du "Démo Mode", cette fonction introduite fin 2022 par KTM qui consiste à laisser toutes les options actives gratuitement pendant une durée limitée (1000 à 1500 km) avant de les faire payer à la demande. Parmi les options concernées, l'antipatinage et l'ABS sensibles à l'angle ou encore le shifter bidirectionnel. Soit des assistances (dé)verrouillables d'un simple clic par le concessionnaire !

L'objectif était d'appâter le motard pour le convaincre de souscrire à l'offre permettant d'en profiter sans limite. Problème : acheter une moto "toute-équipée" pour finalement devoir remettre la main au portefeuille pour en profiter ne satisfait pas grand-monde… voire en exaspère beaucoup ! Même BMW n'a pas osé mettre en place cette stratégie : c'est dire !
KTM, conscient des crispations, a régulièrement été contraint d'arrondir les angles autour de son Demo Mode : ristournes, options offertes et Pack à un euro s'observent fréquemment dans le réseau Orange. Bonne nouvelle : cette politique d'options bloquées est abandonnée à partir du millésime 2027 !
La première moto à en profiter est la nouvelle 790 Duke ci-dessous, qui reçoit au passage une nouvelle ergonomie, ainsi que des pneus (Pirelli Diablo Rosso 4), des suspensions et freins plus performants. Cette nouveauté de 95 ch, accessible A2, perd également 2 kg pour revendiquer 167 kg à sec (environ 180 kg avec le plein de 13,5 l).

Pour autant, l'arrêt des options en démonstration ne signifie pas que la 790 Duke est livrée "full équipée" : elle embarque de série l'antipatinage et l'ABS sensibles à l'angle, trois modes de conduite et un écran TFT. Et c'est tout : le reste est en option, soit en montage usine soit à ajouter plus tard.
Le shifter bidirectionnel, la gestion du frein moteur ou encore le régulateur de vitesse sont ainsi accessibles en supplément dans les "Tech Pack" ou "Track Pack". En clair : KTM revient à un schéma commercial plus classique, en tout cas identique à celui de ses concurrents. Moins frustrant, certes, mais pas moins coûteux pour le client !
Le deuxième changement de cap commercial de KTM concerne le repositionnement de ses prix, souvent au-dessus de ses rivales. Exemple avec cette 790 Duke, justement : cette moto fabriquée en Chine par CFMoto s'affiche à 8599 euros, soit le prix le plus bas depuis son lancement.


Et comme la marque a accumulé un stock important, à l'origine de ses difficultés financières, les millésimes précédents sont bradés : la 790 Duke 2026 passe de 11 299 euros à 10 7999 euros (- 500 euros), tandis que les versions 2025 dégringolent de 12 399 euros (!) à 10 549 euros (- 1850 euros). Plus fort encore : les stocks 2024 (!!) sont soldés de 2100 euros, passant de 12 399 euros à 10 299 euros.
Ces rabais grimpent jusqu'à 3300 euros sur les 1290 Super Duke GT de 2024 ci-dessus : la sport-routière très, très pressée passe de 22 849 euros à sa sortie à 19 549 euros ! D'autres motos profitent de cet éc(r)oulement des stocks, comme les 125 Duke 2024 et 2025 (respectivement - 900 et - 650 €), les 1390 Super Duke R 2024 et 2025 (- 1650 € et - 700 €) ou encore les 790 Adventure 2024, 2025 et 2026 ( - 2100 €, -1850 € et - 500 €).
Les fans apprécieront cette opportunité de réaliser de bonnes affaires, alors que les propriétaires des modèles concernés verront la côte de leur moto mécaniquement se dégrader. Le bonheur des uns…
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