
Scrambler stylé, trail polyvalent ou scooter baroudeur : Lidl commercialise en Allemagne trois 125cc siglés Prike (?) entre 2800 et 3400 euros, avec l'ambition assumée de copier les stars du genre. Une offensive inattendue sur le marché moto, taillée pour séduire les automobilistes en quête d'économies. Mais quid de l'entretien ? MNC mène l'enquête.
Que Lidl vende des vélos, des tondeuses ou des stand-up paddle, personne ne s'en émeut plus. Mais des motos homologuées, capables d'atteindre 85 voire 95 km/h ? C'est une autre histoire ! En Allemagne, l'enseigne créée en 1930 a intégré plusieurs références 125cc à son catalogue en ligne, dont trois sous la marque Prike. Le message est clair : le rayon bricolage veut sa part du gâteau deux-roues !
Les tarifs tiennent la route, "naturlich" : la PXS 125 Scrambler avec son air de néo-rétro façon CB125R s'affiche à 2799 euros, la PXA 125 Adventure qui évoque la Ténéré 700 se trouve à 2999 euros (rupture de stock, "achtung !"), le scooter XDV 125 aux allures de X-ADV 750 monte à 3428 euros. Moins cher donc, que les références actuelles du marché 125cc. De quoi faire tenter les automobilistes, en quête d'un véhicule compact, pratique et sobre ?

C'est là que Lidl vise juste : ses produits ne s'adressent pas au motard, le vrai, tatoué à une marque et/ou fidèle à sa concession, mais au conducteur de citadine (4-roues) cherchant un meilleur moyen de grappiller des euros et du temps au quotidien. Un public gigantesque donc, peu connaisseur de mécanique, pour qui une moto est un objet mystérieux vendu par des mecs en blouson noir. Lidl, lui, promet la simplicité d'un caddie et d'un ticket de caisse.
Sur leur fiche technique, ces Prike cochent de nombreuses cases : monocylindre 4 temps injecté, freins à disques avant-arrière, système combiné CBS, éclairage full LED, tableau de bord numérique, norme Euro 5+. Le scooter XDV pousse même le vice jusqu'à l'ABS, aux poignées chauffantes et au Keyless Go ! Sur le papier donc, l'équipement n'a rien à envier à des références bien plus chères.

Reste un constat qui n'a rien d'anecdotique : une moto n'est pas une friteuse ! Elle exige un entretien régulier, des révisions tracées, des pièces disponibles, un réseau capable de conseiller, dépanner, réparer. Or Lidl se contente de vendre ses machines, sans assurer un authentique service après-vente, renvoyant l'acheteur vers un garage tiers au premier voyant orange...
Prike ne sort pas de nul part : c'est une marque déposée par Karcher AG (rien à voir avec les nettoyeurs haute pression), une entreprise allemande active depuis le début des années 2000 dans le commerce de TV, électroménager et véhicules deux-roues (!) sur deux axes parallèles : commercialisation de marques "maison" fabriquées selon son cahier des charges, et distribution exclusive de marques établies comme Loncin ou Cyclone.

Inconnue de notre côté du Rhin, Prike a été lancée en 2020 pour permettre à un public plus jeune de découvrir la moto à prix contenu, avec un relookage de la marque en 2024. Comme Mash (Sima) ou Orcal (Dip), elle se constitue en réalité de véhicules d'origine chinoise rebadgés, voire légèrement modifiés selon les normes ou tendances à respecter.
Aucune des trois fiches produit Lidl ne mentionne de durée de garantie constructeur. En téléchargeant le manuel de l'utilisateur, le Journal moto du Net observe toutefois que le constructeur prévoit plusieurs entretiens, obligatoires pour conserver la garantie légale de 2 ans : révision à 1000 km ou après 1 mois, à 3000 km ou 1an, puis tous les 6000 km ou chaque année.

Sans jamais nommer de concessionnaire ni même de réseau, Lidl avertit : "ce véhicule ne peut être utilisé que par des personnes en possession d’un permis de conduire valide. Ne retirez pas et démontez les pièces. Veuillez contacter votre concessionnaire si vous avez besoin de pièces de rechange et/ou si vous souhaitez remplacer des pièces".
Sur le site officiel - et totalement distinct - de Prike.de en revanche, un outil de recherche en ligne permet de lister géographiquement des concessionnaires : autour de Munich par exemple et complètement au hasard, cinq ateliers seraient à même d'entretenir les engins achetés chez Lidl. Ouf ?

Il y a enfin, avouons-le, quelque chose de savoureux à voir une enseigne de Hard-Discount et ses "Prike" emprunter sans complexe les codes esthétiques de top modèles. Le pastiche est assumé, presque revendiqué, et il en dit long sur la valeur que ces silhouettes iconiques ont fini par acquérir, au-delà même du cercle des motards avertis.
Pour l'heure, rien n'indique que Lidl France emboîtera le pas à sa maison mère allemande, et la prudence reste de mise : distribution, immatriculation, garantie, SAV, tout serait à construire dans l'Hexagone. Mais le signal envoyé au marché est limpide : le jour où les magasins "maxidiscompte" vendront des 125cc entre deux packs de bière (sans alcool, tut tut tut), concessionnaires et automobilistes changeront peut-être de vision(s)...
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